Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 33.djvu/386

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
380
REVUE DES DEUX MONDES.

une pierre a près de 5 mètres de long sur 2 mètres et demi de large. Les assises du temple, sans être aussi énormes, sont encore de très forte taille. On reconnaît là le goût des constructeurs phéniciens pour les grands matériaux, ce goût persistant dont témoignent les murs d’Arados et ceux de Jérusalem comme les fameux temples de Balbek.

Le temple avait 67 mètres de long sur 50 de large et le péribole 210 sur 164; ce sont les mesures que M. de Cesnola fournit, sans en garantir l’exactitude rigoureuse. Le mur extérieur était percé de portes dont l’une a encore gardé, dans un de ses montans, la trace des gonds ; avec ses 5 mètres et plus d’ouverture, elle livrait passage à toute une foule. Cette cour spacieuse ne pouvait se passer de portiques qui l’entourassent et qui permissent de se mettre à l’abri pendant les heures chaudes des brûlantes journées d’été; n’en retrouvât-on point de vestiges, nous affirmerions encore qu’ils ont existé jadis, appuyés aux murailles. C’était là que tenaient boutique les marchands d’amulettes et d’idoles, ceux qui vendaient aux pèlerins ces statuettes de la maîtresse du temple qu’ils aimaient à rapporter dans leur pays; on peut lire dans Athénée le récit d’un miracle accompli, comme le racontait Polycharme de Naucratis, par une de ces images. Touchée des prières des matelots, la déesse, au milieu d’une horrible tempête, sauva le navire sur lequel un habitant de Naucratis l’emmenait de Paphos en Egypte [1]. Ces galeries, nous les distinguons d’ailleurs très bien sur une médaille impériale de Byblos ; elles règnent tout autour du vaste espace à ciel ouvert au centre duquel s’élève le mausolée pyramidal d’Adonis.

Sous ce ciel de feu, la fraîcheur et l’ombre sont les plus exquises jouissances, les plus nécessaires des biens. On devait donc aussi les demander à des fontaines jaillissantes, à des bassins creusés dans le dallage des parvis, aux platanes penchés sur les vasques ruisselantes et trempant leurs racines dans l’humidité que ces réservoirs laissaient filtrer tout à l’entour. Il fallait de l’eau pour les sacrifices et pour les ablutions ; il en fallait pour désaltérer tout ce peuple de prêtres et de prêtresses qui vivait autour du sanctuaire, ces multitudes de pèlerins qui, du rivage et de tous les chemins de la montagne, affluaient, à certains jours, dans cette enceinte. L’eau, nourrice des troncs puissans, des larges rameaux et des feuillages épais, on avait été la chercher et la capter au flanc des côtes voisines; on l’avait amenée de loin jusqu’à Paphos à l’aide de ces conduites souterraines dont on trouve partout la trace dans l’île et qui se courbaient en siphons pour franchir les vallées. Si vous avez voyagé en Orient, rappelez-vous les abords des mosquées turques

  1. Livre XV, chap. XVIII.