Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 33.djvu/430

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en se fondant sur l’ordonnance du 5 octobre 1814, que la direction des petits séminaires pouvait être confiée, sans qu’il y eût pour cela violation des lois du royaume, « à des prêtres suivant pour leur règle intérieure la règle de Loyola. » C’est par cette périphrase que Mgr de Quélen désignait les jésuites. Il paraît qu’on craignait déjà, dans ce temps-là, de les appeler par leur nom.

A part cette divergence, qui avait bien sa valeur et qui n’aurait pas dû, ce semble, échapper à des yeux quelque peu clairvoyans, la commission fut unanime à conseiller des mesures énergiques pour faire rentrer les écoles secondaires dans l’esprit de leur institution et dans la légalité. Elle proposa notamment de fixer une limite au nombre de leurs élèves et d’astreindre ceux de ces élèves qui, après avoir abandonné l’état ecclésiastique, voudraient obtenir le diplôme de bachelier es lettres, à faire un nouveau cours d’études « suivant les règlemens de l’Université. »

Ces conclusions ne manquaient pas de force, surtout sous la plume d’un évêque. Cependant elles soulevèrent dans les rangs des constitutionnels une telle clameur, elles provoquèrent dans la presse et dans les chambres, même à la chambre des pairs [1], de si vives réclamations, que le cabinet se sentit perdu s’il ne donnait pas à l’opinion publique une satisfaction éclatante. Une circonstance dont on n’a pas assez tenu compte, et qu’il est bon de rappeler, acheva de le décider. En acceptant la succession de M. de Villèle, M. de Martignac et ses collègues s’étaient engagés à empêcher toute poursuite contre leurs prédécesseurs. Or dans le même temps que la commission des écoles secondaires ecclésiastiques travaillait à son rapport, la chambre avait été saisie par M. Labbey de Pompières d’une demande de mise en accusation contre les membres du dernier cabinet. La prise en considération de cette proposition avait même été votée à une grande majorité, et les bureaux avaient nommé pour l’examiner une commission spéciale de neuf membres. La situation était donc grave, et le moindre incident pouvait l’aggraver encore. Nul doute que la résistance du cabinet, par exemple, n’eût immédiatement provoqué contre M. de Villèle et ses collègues des représailles dont il était difficile de prévoir les conséquences. Pour les sauver, pour se sauver lui-même, M. de Martignac n’avait qu’un moyen : jeter les jésuites en pâture à la chambre. C’est ce que firent les fameuses ordonnances du 16 juin, qui replacèrent sous le régime de l’Université huit écoles secondaires ecclésiastiques, limitèrent à vingt mille le nombre des jeunes gens pouvant être reçus dans les autres, et soumirent les directeurs et professeurs des établissemens

  1. La chambre des pairs avait précisément, l’année d’avant, discuté, sur le rapport de Portalis, la question des congrégations non autorisées.