Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 33.djvu/925

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manque un peu de puissance, et que le costume qui serre le corps n’est point conforme à l’habitude d’un homme dont l’activité prodigieuse ne s’accommodait que de vêtemens larges et flottans. Nous ne pouvons avoir d’opinion à cet égard ; mais ce que nous croyons devoir dire, c’est que la composition de la statue est noble et libre : il y a dans tout ce que fait M. Mercié une aisance magistrale. Dans Arago, il a voulu nous montrer l’astronome, et il l’a représenté le bras droit levé vers le ciel, indiquant du doigt, dans les profondeurs de l’espace, un point mystérieux, un foyer d’observation d’où a jailli pour lui quelqu’une de ses découvertes, la polarisation colorée ou le magnétisme de rotation, découvertes supérieures qui ont dévoilé des horizons inconnus et fondé des sciences nouvelles. La grande sphère armillaire et la vaste carte céleste qui servent d’accessoires à la figure, loin de lui nuire par leur développement inusité ; l’accompagnent heureusement, et donnent à l’ensemble une ampleur et une vraisemblance à laquelle ajoute le modelé vivant et souple dont l’auteur a le secret.

La statue de saint Vincent de Paul exposée par M. Falguière a également beaucoup de mérite : elle est destinée au Panthéon. Le saint vient de recueillir deux enfans nouveau-nés qu’il tient dans un pan de son manteau. Les innocens se sont déjà endormis d’un sommeil paisible, et leurs petits bras s’enlacent fraternellement. Le bienfaiteur ne sollicite point notre pitié en leur faveur ; il semble les présenter à Dieu comme une offrande. L’idée est délicate, la composition heureuse dans ses aspects variés. L’exécution est animée. L’œuvre, par son excellente pratique, rappelle le XVIIIe siècle et fait penser au Saint Bruno de Houdon, qui est à Rome dans l’église dei Termini.

D’autres statues honorifiques, celles de Voltaire par M. Caillé, de La Quintinie par M. Cougny, de Gribeauval par M. Bartholdy, toutes de grande proportion, sont posées avec naturel et ont de l’individualité. Mais, si important que soit cet ordre de travaux, il ne semble pas intéresser beaucoup nos artistes. Les étrangers, les Italiens particulièrement, s’y adonnent avec plus de spontanéité et y réussissent davantage : ces derniers, à notre sens, représentent surtout d’une manière remarquable les personnages contemporains. Pour nous, ce n’est pas de ce côté que se porte notre prédilection, et la plupart des ouvrages qui se voient au Salon rentrent dans un genre tout actuel, qui procède simplement de l’étude de la nature. L’étude de la nature ! c’est une grande parole ; c’est surtout une idée très vaste ; mais comment faut-il l’entendre dans les arts ? Tout est là. Voir la nature sans intermédiaire, sans préjugés de race et d’éducation, et pour ainsi dire face à face, la