Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/120

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eu déjà à se décider dans le feu même des événemens et à prendre position pour ainsi dire en plein combat.

Il s’était décidé en politique. Il avait sans doute vivement ressenti la catastrophe de la monarchie, catastrophe d’autant plus douloureuse qu’elle avait été préparée et provoquée par la violation des lois. Il était de ceux, qui auraient voulu tout au moins que la victoire populaire de juillet ne dépassât pas l’abdication du vieux roi et du duc d’Angoulême, que le principe de l’hérédité, de l’inviolabilité royale sortît intact de cette formidable crise. Au delà tout froissait ses sentimens, tout blessait sa raison politique ; tout lui semblait périlleux dans la substitution improvisée d’un roi de la révolution au roi de la tradition, et il avait sincèrement hésité avant de s’incliner devant cet inconnu qui se cachait sous le nom de la nécessité, de la force des choses. D’un autre côté cependant, s’il ne se sentait pas délié envers la royauté par la faute des « ordonnances, » il ne se sentait pas non plus délié de ses devoirs envers le pays par le malheur de cette royauté envoyée aux « terres de l’exil. » Il avait une répugnance d’instinct et de réflexion pour ce qu’il appelait « l’émigration à l’intérieur, » pour ce système commode de l’isolement et de l’abstention que pratiquent souvent les partis vaincus. Il croyait qu’il y avait mieux à faire que de déserter le combat, que de se retirer de tout pour aller se perdre dans les conspirations ou les bouderies. De là toute la conduite de Berryer à ce lendemain décisif des journées de juillet. Adhérer sans réserve à l’œuvre de la révolution, se rallier au succès, il ne le pouvait ; abdiquer par ressentiment quand d’heure en heure se débattait l’avenir de la France, il ne le voulait pas. Il avait résisté tant qu’il avait pu à cet « inévitable » dont parlait Lamennais, il avait lutté pied à pied contre la déclaration de la vacance du trône, contre l’élection d’un roi ; il avait mis les dernières protestations de sa foi royaliste dans ces mots dont il avait accompagné le serment de soumission aux faits accomplis : « La force ne détruit pas le droit ! » Il avait protesté, et il était resté : il restait dans le parlement, attaché à cette tribune où il était fait pour briller, leader des vaincus, témoin d’une expérience à laquelle il ne croyait pas, adversaire redoutable pour un gouvernement naissant qui se trouvait placé dès le premier jour entre des oppositions extrêmes entre les royalistes irrités de leur défaite et les républicains impatiens de pousser jusqu’au bout la victoire de juillet.

Tout était nouveau dans cette situation, tout était aussi singulièrement épineux pour un royaliste de la veille dont les événemens faisaient le porte-drapeau des opinions vaincues dans les chambres d’une révolution victorieuse. Nul autre que Berryer n’aurait pu