Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/169

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sécheresse, et si l’eau désirée tarde trop longtemps à tomber, il est immanquablement mis à mort. L’intercession des nuées se faisant par le moyen d’un sacrifice, ce fonctionnaire s’ingénie donc à gagner du temps par toute sorte de raisons subtiles. Il commence par demander trois jours pour que les os de la victime soient entièrement consumés par le feu, et que le sacrifice ait son plein effet. Si au bout de ces trois jours la pluie n’est pas arrivée, il allègue la couleur de la victime et recommence le sacrifice sur nouveaux frais ; puis il allègue l’influence malfaisante d’un sorcier qu’il faut découvrir, ce qui lui donne encore quelque répit, après quai il est jeté à l’eau si la pluie reste inexorable, trouvant ainsi la mort par l’élément même qu’il n’a pu attirer. On voit par là que le faiseur de pluie est toujours dans la situation d’un débiteur sous le coup d’un protêt qui s’évertue à prolonger les délais légaux, espérant qu’une circonstance imprévue lui permettra de s’acquitter avant la saisie, et que sa profession ne pourrait être exercée en toute sécurité que par un élève de nos nouveaux observatoires européens : une carrière nouvelle pour nos jeunes météorologistes sans fortune qui seraient pressés de faire leur chemin. Cette superstition est assurément fort plaisante ; toutefois, comme je me rappelle avoir entendu naguère nos paysans du centre m’assurer qu’ils avaient vu pendant un orage un curé faisant la grêle dans les nuées, et que j’ai été témoin de la quasi-lapidation d’un malheureux vicaire coupable de s’être arrêté sur le bord d’un ruisseau pour y laver la bride de son cheval, je n’ai nulle envie de rire des Cafres, et je me contente de murmurer en toute humilité le mot d’Arlequin.

Cafres et Zoulous souffrent aussi beaucoup des sorciers. Ce que ces personnages mystérieux font de dégâts dans les tribus, nul ne le saurait dire, et, ce qu’il y a de plus terrible, c’est qu’il est impossible de prévenir ou d’arrêter ces dégâts, car il va de soi que ces sorciers opèrent en secret, en sorte qu’on ne peut jamais les prendre sur le fait. Contre une malfaisance si active et si effrontée, il est de toute évidence qu’il faut un grand remède social ; ce remède, les dénicheurs de sorciers se chargent de le fournir. Cette profession est exercée aussi souvent par des femmes que par des hommes, et le lecteur nous croira sans peine si nous lui disons que les femmes sont, dans ce genre de fonctions, plus expertes, plus avisées que les hommes, et qu’elles y portent un esprit de justice sociale beaucoup plus redoutable. Lorsque les maladies sont nombreuses dans une tribu, ou que des vols y ont été commis sans que leurs auteurs aient pu être saisis, ou que des épizooties sévissent sur les troupeaux, on appelle le dénicheur ou la dénicheuse de sorciers. Le kraal s’assemble, et le devin, chargé de faire office de justicier, après s’être monté à un état de frénésie artificielle en battant du