Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/195

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quelque ton vif donnerait-elle un aspect plus sensible au tableau ? Son harmonie fine réside dans une gamme de colorations légèrement brunes dont il y aurait intérêt à relever la monochromie ; mais il y a dans ce tableau tant de savoir, tant de talent, tant de laborieux entrain, que nous ne présentons nos observations qu’avec la plus grande réserve.

C’est plaisir, tandis que nous sommes mêlés au chœur sacré des divinités marines, de nous arrêter à la Messagère des tempêtes et à la Sirène de M. Landelle. Nous préférons la première, parce que l’idée en est nouvelle et que cette avant-courrière des naufrages, avec son corps qui a la blancheur de l’écume et qu’un vol effaré de mouettes bat de ses ailes, est une personnification qui, manquait au cortège que Vénus partageait à sa naissance avec Neptune et Amphitrite. Les cortèges de ce genre, que les mythologues nomment des thiases, n’appartiennent qu’aux divinités qui, selon les croyances de l’antiquité, figuraient les énergies triomphantes de la nature. Bacchus, qui représentait la vie physique dans son plein épanouissement et la puissance dominatrice des sens sur l’âme, qu’ils arrachent au repos et à la conscience d’elle-même, Bacchus était entouré d’un thiase nombreux dont chaque personnage exprimait à des degrés différens et sous des formes plus ou moins nobles les effets du pouvoir du dieu : le souverain bien-être, l’enthousiasme, l’extase, le délire, la fureur. M. Giron a pris cette fable à son origine et, d’un pinceau assez large et avec un effet piquant, il nous a montré Bacchus enfant entouré des nymphes de Nysa. Les anciens ont souvent traité ce sujet, tantôt avec un génie familier et tantôt sous des formes mystiques. M. Giron était autorisé par l’essence même des personnages secondaires qu’il mettait en œuvre à ne pas s’élever beaucoup au-dessus de la nature. La scène se passe dans une forêt, sous un arc de verdure. Le premier plan est éclairé, et l’on voit le jeune dieu qui, instruit par ses nourrices, s’essaie à jouer de la flûte. Dans l’ombre des arbres, on distingue entre autres figures un panisque et un satyre. Dans le fond, la lumière reparaît pour nous montrer le reste de la bacchanale. Diane est aussi une déesse qui marche d’ordinaire avec une cour de divinités inférieures : ce sont des nymphes qui la suivent et avec lesquelles elle vit au fond des bois. Dans une grande toile et avec infiniment de talent et de goût, M. Jules Lefèvre a représenté Diane surprise au bain. Tout nous parle d’Actéon, mais on ne le voit plus. La déesse indignée suit d’un regard menaçant l’indiscret qui s’enfuit. Quelques-unes de ses nymphes s’empressent de la couvrir de ses voiles ; les plus jeunes semblent l’oublier et, plus alarmées, ne songer qu’à elles-mêmes. Il résulte de ces sentimens divers une composition vive et cependant bien équilibrée. Mais le site choisi, malgré