Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/198

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combien l’histoire locale offre de ressources pour une pareille entreprise. Bernard Délicieux, un instant triomphant, finit par succomber après avoir pendant quelques années défendu ses concitoyens contre les excès de l’inquisition. Ainsi chaque province, chaque ville a sa légende, ses héros et ses martyrs.

Toutefois, si l’on emprunte des sujets à l’histoire, le premier devoir est non-seulement de la respecter, mais encore d’en pénétrer l’esprit pour présenter les faits sous leur jour véritable. En est-il toujours ainsi ? M. Flameng, par exemple, nous a-t-il donné une impression exacte de l’Appel des Girondins ? Dans son tableau, nous louerons sincèrement la mise en scène, la couleur claire et vraie, l’effet de lumière, en un mot les qualités de mise en œuvre et d’exécution, qui ont si justement concouru à lui mériter une récompense exceptionnelle. Sans doute tous les personnages sont matériellement d’une ressemblance parfaite ; mais pourquoi ces visages anxieux, ces traits contractés ? pourquoi ces attitudes menaçantes ou accablées ? Oui, la veille, au tribunal révolutionnaire, en entendant prononcer leur sentence, les girondins avaient payé leur dette à l’infirmité humaine ; mais, le jour du supplice, ils furent stoïques, et, si le fait a été contesté, nous pensons qu’aujourd’hui il n’y a plus, à ce sujet, de dissentiment. Interpréter trop librement l’histoire, c’est vouloir entrer dans le genre.

La peinture de genre, prise dans son ensemble, touche à tous les sujets à la fois. Elle prend partout son bien : elle met à contribution la religion comme l’histoire, la fantaisie comme la vie journalière. C’est elle aussi qui met le mieux à découvert le caractère intime des talens. Chaque artiste étant maître d’envisager les faits qu’il représente, non pas au point de vue de leur vérité reconnue, mais en les interprétant, celui-ci avec son caprice, celui-là avec sa sensibilité, cet autre avec son esprit, tous avec leur libre imagination, leurs œuvres deviennent de véritables confessions artistiques. Il en est du grand art comme de tout ce qui sort de l’ordinaire. A moins d’avoir le don naturel de l’élévation, lorsque l’on veut traiter un sujet de cet ordre, on s’efforce de prendre le ton du monde dans lequel on veut pénétrer, on enfle son style, on pare en quelque sorte son talent. Le peintre de genre se montre tel qu’il est, et souvent nous gagnons à cette franchise de faire connaissance avec des esprits charmans, d’entrer en relation avec des intelligences de la distinction la plus rare. Cette année, il est tels tableaux religieux qui, selon nous, appartiennent au genre et qui ont cependant toutes les qualités qu’exige le grand art ; mais la part faite au sentiment personnel et à l’innovation est trop grande en eux pour qu’ils soient dans les conditions liturgiques qui permettent de les placer dans les édifices religieux. L’œuvre n’y perd