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exposé M. C.-L. Müller et qui est des plus gracieux ; ceux de M. Delaunay, de M. Cot, de M. Doucet et de plusieurs autres artistes. Mlle Jacquemart qui, dans ce genre, a déjà donné tant de preuves d’un talent et d’un esprit supérieurs, a excellemment réussi M. de St-A. Impossible de mieux poser une figure, de mieux la dessiner, de mieux rendre l’idée, la ressemblance d’un homme distingué. Le profil de Mme Sarah Bernhardt par M. Bastien Lepage est d’une merveilleuse finesse, et dans une ombre mystérieuse M. Hébert nous laisse entrevoir sa sultane. Mais à côté de ces ouvrages vraiment dignes de l’école française, il y en a beaucoup qui sont d’une faiblesse extrême. Généralement on débute au Salon par des portraits, et cependant il n’est pas de genre plus difficile à aborder.

Observez en effet combien il y a peu de portraits qui, par la composition, soient intéressans ; c’est là une remarque que font beaucoup de personnes, et nous la retrouvons jusque dans la presse étrangère. Les objets immédiats qui nous entourent, les livres, les outils, les instrumens du travail ou de la pensée, des fleurs, une tapisserie, un détail caractéristique qui aide à fixer le spectateur et donne la note des goûts et des habitudes dominantes de l’original, ont été bannis par les artistes. Oui, la tradition des portraits composés se perd. Sous ce rapport l’art français a eu une période brillante au siècle dernier. La manière de présenter un personnage, de le poser, d’animer son visage, de le mettre en action, d’intéresser aux accessoires qui l’entourent, était arrivée à une sorte de perfection, et nous recommandons à ce point de vue la collection de portraits d’artistes qui est à l’École des beaux-arts. Aujourd’hui la pénurie des arrangemens est extrême, et la théorie de l’art est si négligée que ses règles élémentaires sont mises en question. Par exemple quelle doit être la proportion d’une tête dans un portrait, faut-il qu’elle paraisse sortir de la toile ? Nous croyons au contraire qu’il lui appartient de se tenir sur la paroi du panneau ou de la toile : c’est là son plan normal. Il arrive quelquefois que l’artiste représente son sujet en arrière de ce plan : le personnage alors s’enfonce dans l’espace qui est derrière lui, et lorsqu’il s’agit d’une femme, il résulte souvent de cet artifice une impression de réserve qui a du charme. Il ne convient pas qu’une personne que l’on représente vienne au-devant d’inconnus : c’est à nous de l’aller trouver.

Mais il est fâcheux qu’un très grand nombre de portraits procèdent de la photographie. Cette découverte a exercé sur l’art de notre temps une influence à la fois bonne et mauvaise. Grâce à elle, les artistes se sont dégagés de la convention, ont apporté dans l’étude de la forme un esprit plus scrupuleux, en un mot ils sont devenus plus sincères. Mais d’un autre côté elle a eu le tort de rendre