Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/211

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l’École des beaux-arts les concours pour le prix de Rome, concours auxquels tous les jeunes artistes français sont appelés à participer. Nous invitons les personnes qui ne dédaignent pas des travaux d’élèves à suivre particulièrement les essais par lesquels on prélude à l’épreuve définitive. Là, sur un nombre considérable de prétendans, il y en a toujours plusieurs qui sont heureusement doués et qui annoncent toutes les qualités qui font le peintre d’histoire. Les meilleurs dons du génie français, ceux dont relèvent l’ordonnance et l’expression morale des sujets, restent le partage d’une certaine élite qui renouvelle toujours notre espoir. La peinture de genre, qui compte des maîtres et qui nous a donné tant de bons ouvrages, a aussi ses défaillances et tombe quelquefois dans le divertissement. Les sujets ne sont pas toujours choisis avec goût, et il y a souvent dans l’action quelque chose de double. On voit bien que ces personnages portent un costume qui ne leur appartient pas. Une certaine ironie qui est en eux nous avertit qu’ils jouent un rôle. Ils semblent se détourner de l’action pour nous dire qu’il ne faut pas trop la prendre au sérieux. Les Flamands et les Hollandais dans des sujets parfois vulgaires ne font pas ainsi la dérision d’eux-mêmes.

Ne nous appesantissons pas sur ces jeux d’esprit. Rapprochons-nous de la sincérité : le paysage est plus grave ; il répugne à tout parti pris d’école et cherche directement la vérité. Sans doute les grands artistes, comme les grands poètes, sont ceux qui ont le mieux rendu la nature. Mais c’est un danger de chercher en eux toute la nature, de penser qu’ils la contiennent tout entière. Quels que soient leur clairvoyance et le sens profond de leur expression, la nature immense et vivante les dépasse et présente toujours, dans son épanchement sans fin, des aspects nouveaux. C’est pourquoi nos paysagistes ne veulent pas copier la nature dans les maîtres. Que dire encore ? Faut-il observer que la perspective fait généralement défaut ? .. Quant aux cadres, nous avons grande envie de leur chercher querelle. Serions-nous éternellement condamnés à la dorure qui brille et aveugle et qui, malgré sa nature métallique, représente une couleur, un ton, une valeur, qui rentrent dans les colorations du tableau ?

La peinture, la sculpture et l’architecture constituent le monde des arts du dessin en formant entre elles comme une société. Tour à tour l’une des trois exerce sur les autres une influence dominante. Et de même que dans les états, c’est tantôt l’idée de l’utile, tantôt l’idée du juste, tantôt l’idée du divin, tantôt l’idée de l’art et tantôt l’idée philosophique qui prévaut, et que c’est le triomphe de l’une de ces idées qui donne à la société son caractère particulier ; de