Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/235

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trouble les sentimens libéraux aussi bien que les croyances religieuses, et qui en fin de compte crée pour tout le monde une situation d’où on sortira comme on pourra.

Cette discussion qui se prolonge depuis près de quinze jours et où les citations ont coulé à flots, où il n’y a rien de bien nouveau parce que tout a été dit depuis longtemps sur des querelles qui nous ont précédés et qui nous survivront, cette discussion, elle a du moins un mérite : elle a l’avantage de fixer le point délicat et vif de la question, le point où l’entente était possible et facile non pas entre les esprits extrêmes du cléricalisme et du radicalisme révolutionnaire, mais entre les esprits libéraux qui tiennent à concilier tous les intérêts sérieux. Ainsi il est bien clair que, si M. le ministre de l’instruction publique, qui ne veut pas être un ministre novice et qui se guérira de ce défaut comme on se guérit de la jeunesse, si M. le ministre de l’instruction publique avait plus mûrement réfléchi, il serait resté dans la vraie mesure. La restitution à l’état de la collation des grades, cette restitution qui était considérée il y a deux ans comme la limite des revendications nécessaires, n’aurait plus souffert de difficulté aujourd’hui. Tout ce qui peut fortifier le droit d’inspection, de surveillance ou de contrôle de l’état, même dans l’enseignement libre, aurait été vraisemblablement accordé ; il n’y aurait eu qu’à donner une vigueur nouvelle et une sanction plus efficace à un principe déjà inscrit dans la loi de 1850. On ne se serait pas étonné que le gouvernement se servît de ses prérogatives pour défendre l’indépendance de la société civile et tenir en respect des influences envahissantes. Il y avait là les élémens de tout ce qui était désirable et utile, d’une politique sensée, parfaitement ferme dans sa modération, suffisamment préservatrice. Où est donc le point de division ? où commence le danger ? Rien n’est plus évident : la division et le danger commencent là où apparaît la pensée des mesures d’exception et d’exclusion, là où se révèle l’intention de faire de la république la régulatrice souveraine des idées, l’antagoniste de certaines croyances, de rétablir directement ou indirectement les monopoles dans un intérêt de parti. Le danger, il est dans cet article 7, qui est probablement par lui-même assez inefficace, mais qui, rapproché d’un certain ensemble de manifestations plus ou moins officielles, plus ou moins autorisées, plus ou moins tolérées, prend une signification fort nette et dévoile tout un système de guerre. C’est là que la mesure est dépassée et qu’on ne s’entend plus.

Oh ! sans doute, nous le savons bien, nous l’avons entendu sans rire, les défenseurs et les commentateurs de la loi de M. Jules Ferry sont de grands docteurs de l’église, M. Etienne Lamy le leur a dit avec esprit. Ils n’ont pas les intentions qu’on leur prête, ils connaissent trop bien les pères et les conciles ! L’église, le clergé séculier, le budget des cultes, le