Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/236

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concordat, ils n’y veulent pas toucher ! L’église gallicane surtout, c’est leur dernier mot, ils veulent sauver l’église gallicane ! Ce sont les dépositaires de la tradition de Bossuet ! Fort bien, c’est on ne peut plus édifiant. Seulement la logique se joue de ces subtilités et se dégage bien vite de toutes les vaines protestations. Le discours de M. Paul Bert n’a point de sens ou il signifie que, l’église étant incompatible avec la civilisation moderne, le catholicisme étant l’ennemi de la science, le moment est venu de chasser l’église, les influences religieuses, particulièrement les congrégations de toutes les sphères de l’enseignement, et d’opposer un Syllabus de l’état au Syllabus du Vatican. Oui, en vérité, on est plein de considération pour l’église, à la condition de commencer par la condamner « dans son dogme, dans sa morale, dans sa discipline, dans sa hiérarchie, dans ses pratiques, » — et de la remplacer : sauf cela on la respecte parfaitement, c’est M. Lamy qui le dit* avec une finesse mordante. M. le rapporteur Spuller est, lui aussi, un zélé défenseur de l’église, — et son discours n’a point une autre conclusion logique que le discours de M. Paul Bert. M. le ministre de l’instruction publique toi-même peut prendre les précautions de langage qui conviennent à sa position officielle ; avec ses théories sur la liberté dans l’unité, sur l’âme française, sur les deux Frances, il va droit au même but. Il fait la guerre, et déguiser sa vraie pensée sous de vaines apparences de respect pour un système religieux qu’on croit contraire à la civilisation serait peu digne d’hommes sérieux.

Assurèrent M. Jules Ferry, M. Spuller, M. Paul Bert, sont libres comme orateurs, comme écrivains. Ils peuvent penser ce qu’ils voudront, avoir leur philosophie, leurs idées et porter leurs jugemens, même leurs polémiques agressives à la tribune ; ils restent dans leur rôle. L’état, lui, n’a ni une philosophie, ni une religion officielle, ni une science ; il n’est pas un parti ou une secte faisant la guerre à d’autres partis ou à d’autres sectes : il n’a pas son Syllabus ! Il est au sein de la vie nationale le grand représentant des traditions, des lois générales du pays, le médiateur nécessaire et impartial de tous les droits, de tous les intérêts. Il existe justement pour maintenir tous les droits, pour empêcher les empiétemens, les usurpations des uns sur les autres. Est-ce son vrai rôle, à lui, de se jeter dans la mêlée des partis et des systèmes, de laisser la liberté aux uns, de la refuser aux autres, de créer par voie de suspicion plus ou moins légitime cet « ordre particulier d’indignité et d’incapacité » dont par le M. Paul Bert ? Est-ce qu’il peut être réduit à cette contradiction singulière que M. Lamy décrit si vivement et qui de sa part consisterait à dire : « Église, tu demandes le droit commun, mais tu ne l’aimes pas ; moi état, qui aime le droit commun, je te le refuse. Église, tu veux le monopole ; moi état, qui suis ennemi du monopole, je l’exerce contre toi. Église, il est dans la fatalité de ton enseignement de faire tôt ou tard des ennemis à