Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/359

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forteresses redoutables, dans Paris, plein de leurs troupes, armé de plus de mille pièces d’artillerie, regorgeant de munitions et où chaque grand monument pouvait exiger un siège régulier. Il a suffi au drapeau tricolore de se montrer pour que la grande pyramide qui portait le drapeau rouge oscillât sur sa base et se désagrégeât. Si l’on avait pu profiter du premier effarement de la commune, elle s’évanouissait comme un fantôme. Dans la nuit du 21 au 22 mai, elle se crut morte ; elle écouta et, n’entendant personne venir, elle reprit courage, sonna le rappel, rassembla ses hommes et prépara ses funérailles. Du moment que la surprise n’avait point permis d’aller jusqu’à elle et de l’étrangler dans sa bauge, elle devait vaincre et pourtant fut vaincue. Quelques-uns de ses apologistes ont accusé l’incapacité des chefs militaires ; d’autres ont accusé l’incapacité des chefs civils qui délibéraient toujours au lieu d’agir. Les deux reproches sont fondés, et nous ne les discuterons pas, car il est certain que ni dans ses armées, ni dans ses conseils, la commune ne posséda ce que l’on appelle un homme de tête. Avait-elle même un homme d’action ? J’en doute, car la cruauté n’est point de l’énergie, et il me semble qu’elle n’était composée que d’un tas de bavards qui s’écoutaient parler et n’écoutaient pas les autres. Quand bien même ses armées eussent été commandées par un général intelligent et sérieux, aurait-elle pu tirer meilleur parti du troupeau qu’elle appelait ses troupes ? J’en doute. L’indiscipline y régnait à l’état épidémique, et l’alcoolisme l’avait ravagé. Jamais plus nombreuse agglomération d’ivrognes ne fut vue sur terre ; les bataillons titubaient en marchant et s’arrêtaient parfois pour ramasser leurs chefs. Dans les dernières heures, reculant toujours devant nos soldats, ne sachant pas pourquoi ils n’étaient pas victorieux puisqu’on leur avait promis la victoire, irrités, soupçonneux, s’accusant les uns les autres, se traitant de Versaillais et voyant partout la trahison autour d’eux, ils se fusillaient et croyaient faire acte de vertu en criant : Mort aux traîtres ! Ils n’en allaient pas moins en débandade, furieux, cherchant de ci de là les membres de la commune qui les avaient trompés et voulant « les coller au mur. » La commune cependant ne leur ménageait ni l’eau-de-vie, ni les encouragemens. Jusqu’à la minute suprême, elle ment, et elle verse des calomnies en pâture aux malheureux qu’elle a abrutis. Voici la dernière affiche qu’elle fit placarder, le vendredi 26 mai au matin, dans les quelques quartiers de Paris qui lui restaient encore : « Les gardes nationaux de service à la place de la Bastille ont battu trois bataillons Versaillais et leur ont enlevé quatre drapeaux tricolores à franges d’or surmontés de l’aigle bonapartiste. Courage, citoyens, tenez ferme et nous vaincrons. » Nous vaincrons ! L’avant-veille,