Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/365

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n’a pas assez de mépris pour eux lorsqu’il en parle après la faillite de son ambition, Rossel, dans sa lettre de démission adressée le 9 mai à la commune, a dévoilé d’un mot l’effroyable désarroi où ces bandes et leurs chefs se perdaient : « Les chefs de légion délibéraient… Il résulta de leur conciliabule un projet au moment où il fallait des hommes, et une déclaration de principes au moment où il fallait des actes. Mon indignation les ramena à d’autres pensées, et ils me promirent pour aujourd’hui, comme le dernier terme de leurs efforts, une force organisée de douze mille hommes avec lesquels je m’engage à marcher à l’ennemi. Les hommes devaient être réunis à onze heures et demie. Il est une heure et ils ne sont pas prêts ; au lieu d’être douze mille, ils sont environ sept mille. Ce n’est pas du tout la même chose. — Je ne suis pas homme à reculer devant la répression, et hier, pendant que les chefs de légion discutaient, le peloton d’exécution les attendait dans la cour. » Rossel recula cependant devant la répression. Son sort se décida ce jour-là. S’il n’avait pas renvoyé les pelotons d’exécution, il ne serait pas mort au plateau de Satory.

Au moment où Rossel écrit cette lettre, la commune a pourtant une armée formidable, bien supérieure à celle que la France peut lui opposer. Ses deux cent cinquante-quatre bataillons lui donnaient cent cinquante mille combattans, dont soixante-quinze mille exclusivement réservés pour les combats devaient toujours être aux grand’gardes. Malgré cela, son maître par excellence, le comité central, ne peut pas même rassembler douze mille hommes pour tenter un coup désespéré aux environs d’Issy. Les absens se retrouveront derrière les barricades et y tiendront durement nos soldats en échec. A ce moment, tout le front de défense semble abandonné, non par les officiers supérieurs qui s’y maintiennent quand même, mais par la commune qui délibère, par le comité de salut public qui discute, par le comité central qui conspire et brigue le pouvoir. Le 9 mai, Rossel disparaît ; le jour même, dans la soirée, Delescluze est nommé délégué civil à la guerre ; le lendemain il s’installe, et voici la première lettre qu’il reçoit : « Petit-Vanves, le 10 mai 1871. — Citoyen ministre, on ne sauve pas la situation avec les mains vides. Ce qui était bon hier n’est plus tenable aujourd’hui. Les Versaillais entourent le fort de Vanves, — point d’artillerie, — point de munitions, — point d’infanterie. — Le colonel de génie, chef d’état-major, ROZADOWSKI. » Partout il en est de même, partout on demande des secours, des hommes, des canons, de quoi se battre, en un mot ; les trois pouvoirs qui se disputent Paris sont trop révolutionnaires pour ne point obéir à la tradition. Ils font des discours, rédigent des proclamations et déclarent s’appuyer sur un principe invincible. Comment ne l’a-t- on pas su à