Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/374

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pas encore ouvert ses portes, il tenait toujours, faisait mine de résister, de résister à la France, mais non pas à l’Allemagne à laquelle il s’offrit et qui n’en voulut pas. Cette honte suprême ne nous fut pas épargnée, nous la devons, — et bien d’autres, — à la commune. Le commandant du château de Vincennes était un Lorrain, né à Nancy en 1815, et qui s’appelait Nicolas-Dominique Faltot ; il avait pris possession du fort, le 24 mars, au nom de l’insurrection, et avec le titre de gouverneur. Pendant la guerre, il avait commandé le 82e bataillon de la garde nationale, et s’était si bien conduit à l’affaire de Buzenval qu’il avait été décoré. Loin d’exercer des vexations sur les habitans de Vincennes, il en protégea plusieurs ; il paraissait de tempérament assez paisible, aimait à jouer au militaire et se plaisait à s’entendre appeler : citoyen gouverneur, ce qui est bien inoffensif. Tant que dura la commune, il resta au fort et n’eut à prendre part à aucune action militaire. Le 25 mai, les troupes allemandes, voulant garantir la zone neutre contre toute possibilité de combat, ont occupé la ville de Vincennes. Le lendemain 26, un officier de la garde nationale régulière, M. Pavillon, envoyé par le colonel Montels, entra en pourparlers avec Faltot et lui demanda de remettre le fort aux troupes françaises ; Faltot discuta, parut tenir à faire une sorte de traité de capitulation et demanda des conditions écrites qui lui furent refusées.

Que se passa-t-il alors ? Il est difficile de le savoir d’une façon précise. Un certain Merlet, spécialement chargé du service du génie, aurait tout préparé pour faire sauter le fort. Tonneaux de poudre placés dans les souterrains, reliés entre eux par des fils électriques. Les fils auraient été coupés par un portier-consigne, et le château eût ainsi échappé à une destruction imminente et certaine. Le seul fait que je puisse affirmer avec certitude, c’est que Merlet fut arrêté par des employés réguliers du fort, enfermé, et qu’il se brûla la cervelle. Le 28 mai, dans la soirée, Faltot, sommé une dernière fois de se rendre, apprit que l’armée de réserve commandée par le général Vinoy allait remplacer les troupes allemandes dans la ville de Vincennes et commencer l’attaque régulière. Il réunit alors ses officiers en conseil de guerre ; de la délibération sortit la lettre que voici et que, comme l’on dit, tout commentaire ne ferait qu’affaiblir. Je la donne textuellement ; Faltot l’a peut-être dictée, mais à coup sûr il ne l’a pas écrite, car il ne manquait pas d’une certaine littérature et jamais il n’eût commis les fautes d’orthographe que le lecteur va pouvoir apprécier :

« République française, liberté, égalité, fraternité. Place de Vincennes. — Fort de Vincennes, le 28 mai 1871. En présence des sommations qui lui sont faites par des soit-disants officiers de l’armée de Versailles, lesquelles lui ont refusés de montrer toust pouvoirs ;