Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/415

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Enfin parut en 1858 un mémorable travail qui devait complètement changer l’état des choses. Cette œuvre, due au physicien anglais Sorby, appelait l’attention des savans sur la structure microscopique des cristaux et sur les conséquences à déduire de cette structure, relativement à l’origine des minéraux et des roches. L’auteur avait taillé en lames minces les matières destinées à servir d’objet à ses observations, et dans son mémoire il décrivait avec soin la méthode d’examen qu’il avait utilisée.

On commença alors à soupçonner le parti que l’on pouvait tirer du microscope ainsi appliqué. Gustave Rose, en Allemagne, paraît avoir surtout compris la puissance du nouveau moyen de recherches. Cependant, durant plusieurs années encore, le microscope ne fut, pour ainsi dire, employé qu’accessoirement pour l’examen d’associations cristallines naturelles. Les efforts que l’on faisait dans cette voie étaient limités ; la méthode nouvelle était exclusivement appliquée à certaines questions spéciales, on s’en servait particulièrement pour déterminer les particularités remarquables de structure qui s’observent dans les substances minérales. D’ailleurs Sorby n’était appelé ni par ses études antérieures, ni surtout par les aptitudes de son esprit, à développer et poursuivre les études minéralogiques qu’il avait si brillamment inaugurées. Fils d’un riche coutelier de Sheffield, sans aucune attache officielle, indépendant par son caractère aussi bien que par sa position de fortune, il a dans ses travaux scientifiques conservé ses allures habituelles de liberté et d’originalité. Les sujets d’étude les plus variés ont été tour à tour embrassés par lui. De l’exploration des minéraux au microscope, il a passé à l’examen de la structure de l’acier, à des recherches sur les météorites, puis à des travaux variés de spectroscopie. Les applications ingénieuses qu’il a faites de cette dernière branche de la physique ont successivement porté sur les matières colorantes des algues, sur celles de la coquille des œufs d’oiseau, sur celles qui décorent les feuillages des arbres durant l’automne. Cependant il n’a jamais perdu de vue la matière de ses premières études, et c’est lui qui réellement a été l’initiateur et le propagateur de sa méthode.

En 1862, il avait entrepris avec sa mère un voyage d’agrément sur les bords du Rhin. Arrivé à Bonn, il fit connaissance d’un élève du corps des mines de Prusse, nommé Zirkel, par lequel il fut accompagné et dirigé dans quelques excursions. Ils visitèrent ensemble l’Eifel, le Siebengebirge et les environs du lac de Laach. Chaque jour, chemin faisant, une conversation intéressante et animée s’engageait entre le touriste et son guide sur la nature des roches volcaniques, sur les minéraux qui les composent et sur les merveilleux détails de structure que le microscope y révèle. Sorby