Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/434

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précédemment obscures s’éclairent et s’illuminent de nuances variées, tandis que d’autres, qui tout à l’heure étaient brillantes, se ternissent et s’éteignent. Ces merveilleux changemens chromatiques sont l’un des plus jolis phénomènes optiques que l’on connaisse.

Il est encore une autre propriété des minéraux cristallisés qui peut concourir à les faire distinguer les uns des autres. Cette propriété, connue sous le nom de polychroïsme, consiste en ce que la plupart des minéraux se montrent, lorsqu’on les observe par transparence, diversement colorés suivant le sens dans lequel la lumière les a traversés. La topaze, la tourmaline, la cordiérite, par exemple, taillées sous forme de petits cubes, paraissent violettes, jaunes ou bleuâtres, selon qu’on a regardé au travers de l’une ou de l’autre de leurs faces. En général, cette propriété s’atténue quand le minéral est en échantillons peu épais ; cependant quelques espèces la possèdent encore à un haut degré même lorsqu’elles sont réduites à l’épaisseur habituelle aux lamelles taillées d’après le procédé de Nicol. Dans ce cas, il y aurait évidemment intérêt à constater le polychroïsme, mais pour cela il faudrait pouvoir retourner et manier dans tous les sens un minéral microscopique, engagé d’ailleurs dans une lamelle et soudé à d’autres cristaux. On élude la difficulté à l’aide d’un procédé imaginé par le professeur Tschermak, directeur du musée minéralogique de Vienne, procédé fondé sur ce fait d’observation, qu’une section minérale polychroïque, traversée par un rayon de lumière polarisée, se montre avec des couleurs, ou au moins avec des nuances différentes, suivant le sens de vibration des molécules d’éther. Pratiquement, la réalisation du phénomène est des plus simples : sur une lamelle mince donnée, on fait tomber la lumière polarisée sortant d’un nicol ; les minéraux polychroïques compris dans la lamelle prennent certaines teintes déterminées ; puis on tourne brusquement le nicol de 90 degrés autour de l’axe du microscope : les vibrations de la lumière émergente se font dans un plan à angle droit sur le plan de vibration précédent. La lamelle mince étant demeurée immobile, les minéraux polychroïques qu’elle renferme se montrent avec des colorations différentes de celles qu’ils possédaient tout à l’heure. Pendant cette opération, l’œil, maintenu immobile sur l’oculaire du microscope, constate ces remarquables changemens. C’est ainsi que, dans les préparations minces de granit, on voit le polychroïsme du mica s’accuser par des passages du brun clair au gris très foncé, et, dans les syénites, celui de l’amphibole se manifester par des changemens de teinte du jaune clair au vert-bouteille, suivant la façon dont on opère l’éclairement.