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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




14 juillet 1879.


Un jour, — c’était au temps de la guerre de Crimée, au moment où tous les esprits se tournaient vers la lutte engagée entre les plus grandes puissances du monde, — le roi Victor-Emmanuel, qui venait de s’allier à la France et à l’Angleterre, passait la revue du petit corps piémontais, prêt à partir pour l’Orient. Victor-Emmanuel portait à cette cérémonie toute militaire du camp d’Alexandrie l’ennui de la crise ministérielle de la veille, des débats de parlement et surtout d’inextricables conflits avec l’église, avec les communautés religieuses ; il regardait d’un œil d’envie et de regret ces soldats qui recevaient avec fierté le drapeau de Savoie remis entre leurs mains et qui allaient chercher en Orient l’avenir de l’Italie. Le roi Victor-Emmanuel ne pouvait se défendre d’une généreuse émotion, et en quittant le camp il disait d’un accent plein de tristesse à un des chefs du corps expéditionnaire, au général Durando : « Ah ! vous êtes heureux, vous, général, vous allez faire la guerre, vous allez combattre les Russes ; moi, je reste ici à batailler avec des robes noires et avec des moines ! » C’était le mot d’un soldat, c’était en même temps le mot d’un politique excédé de conflits importuns. Et la France elle aussi, en vérité, peut se plaindre d’être retenue dans les broussailles des querelles inutiles, loin des affaires où elle pourrait mieux employer son activité. À défaut de la guerre, dont elle n’a point à envier ou à rechercher les redoutables émotions, est-ce qu’il n’y a pas bien d’autres intérêts dignes d’attirer et d’occuper les esprits sérieux ? Est-ce qu’il n’y a pas bien d’autres questions pour lesquelles il y aurait à livrer de ces généreux et utiles combats qui relèvent tout le monde, qui ne laissent ni tristesse ni regrets ?

Qu’on interroge le gouvernement, qu’on lui demande ce qu’il en pense : M. le président du conseil, avec son sage et loyal esprit, sera sûrement le premier à répondre que pour l’influence extérieure de la France il y aurait mieux à faire que de se livrer à d’irritantes