Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/471

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entreprises, que de mettre en mouvement toutes les passions de parti ou de secte. M. le ministre des travaux publics a son hardi programme d’œuvres d’utilité nationale, dont il poursuit la réalisation, qui revenait hier encore au sénat entre deux interpellations. M. le ministre de l’agriculture et du commerce dira sans nul doute qu’il n’y a rien de plus pressant que de régulariser notre situation commerciale, que d’en finir avec cette incertitude du régime des tarifs et cette anarchie de rapports internationaux qui pèsent sur le travail, sur tous les intérêts, sur l’activité industrielle et économique du pays. M. le ministre de la guerre a ses lois ou ses projets sur l’état-major, sur l’avancement dans l’armée, sur l’administration ; il a en un mot à revoir, à rectifier l’œuvre de la reconstitution militaire dans tout ce qui a été fait et à la compléter par tout ce qui reste à faire. M. le ministre de l’instruction publique lui-même, sans appeler les passions dans son paisible domaine, n’aurait-il pas de quoi s’occuper et de quoi occuper les esprits dévoués en s’attachant à tout ce qui peut étendre et fortifier l’enseignement, relever les études, mettre l’Université de France en mesure d’exercer son utile et légitime ascendant ? Oui, assurément, c’est là un programme de politique nationale qui en vaut un autre, et tandis que s’agitent ces intérêts auxquels on devrait donner tout son temps et sa bonne volonté, qui sont faits pour exciter toutes les émulations intelligentes et généreuses, nous restons malheureusement nous aussi à « batailler avec les robes noires et les moines. » Depuis près de six semaines, nous en sommes là ! La chambre des députés est devenue une succursale de la vieille Sorbonne ou de quelque assemblée théologique. On passe en revue le probabilisme, les cas de conscience, la morale ecclésiastique, les doctrines de l’église gallicane, le jansénisme, les manuels de séminaires, les secrets du confessionnal, les méditations sur le sacré-cœur ! M. Paul Bert découvre des jésuites qui ne sont pas toujours des jésuites, il se trompe quelquefois de robe. On discute sur tout, sur les congrégations non autorisées ou autorisées, sur les édits des parlemens, sur le décret de messidor, et en fin de compte à quoi est-on arrivé ? On a perdu beaucoup de temps pour obtenir d’une chambre visiblement prévenue le vote d’une loi qui soulève toutes les questions et ne résout rien, qui ne peut certes pour le moment servir ni la paix intérieure ni les idées libérales ni le progrès de l’enseignement public.

Elle est votée sans doute, cette loi de M. Jules Ferry, elle a été votée du moins par la chambre des députés, et elle n’en est malheureusement pas meilleure. Elle reste avec le caractère d’une conception vague, décousue et violente, avec le sceau compromettant de cet article 7 qui lui donne sa couleur et sa signification. Dès ce moment, on peut le dire, ce n’est pas une loi sur l’enseignement, c’est une œuvre de parti, c’est une démonstration toute politique qui a été imaginée pour répondre à