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vieil ami, son collaborateur de l’École normale, a fait précéder ce recueil d’une Introduction noble et émue ; une plume anonyme et autorisée a donné un historique précis sur la rédaction du Globe. Grâce à tous ces soins, nous avons devant nous, non-seulement un homme et un journal, mais une doctrine, une école, une tradition.


I

Paul-François Dubois, que l’on a appelé plus tard, sous Louis-Philippe, Dubois (de la Loire-Inférieure) pour le distinguer des autres députés du même nom, naquit à Rennes en 1793, d’un père de profession modeste, qui avait adopté ardemment les principes de la révolution. La Bretagne fit alors, on ne l’oublie pas, autant de républicains que de monarchistes. Cette première éducation trempa l’âme de Dubois, et lui inspira un amour énergique et indomptable pour la révolution et. pour la liberté. Il fit ses études à Rennes et s’y rencontra sur les bancs avec plusieurs camarades distingués, devenus depuis plus ou moins célèbres. C’était Duhamel, le futur géomètre ; le docteur Bertrand, mort trop jeune, mais ayant laissé chez ses amis le souvenir d’un esprit rare, que ne démentent pas d’ailleurs les écrits qui nous restent de sa plume [1] ; Roulin, naturaliste fin et distingué que l’Institut a connu longtemps comme le plus instruit et le plus aimable des bibliothécaires : c’était surtout Pierre Leroux, destiné depuis à une si grande célébrité et qui fut l’auxiliaire de Dubois dans la fondation du Globe. Dubois entra à l’École normale en 1812, presque au moment de son origine. Il y a connu comme maîtres Villemain et Cousin, et comme camarades Jouffroy et Augustin Thierry. Mais alors les maîtres et les élèves étaient presque du même âge. Dans ces temps héroïques de notre Université, tout le monde cherchait sa voie. Tout s’ouvrait à la recherche, à la nouveauté, avec une entière liberté. Dubois a peint lui-même très vivement cette jeunesse de notre École normale, ce premier temps dont rien ne peut remplacer la fleur : « Où était alors, nous dit-il, le principe de vie ? Dans l’étude libre, capricieuse, errante peut-être, mais énergique, mais patiente et féconde dans la diversité, dans les maîtres surtout, dans cette initiative ardente de talens qui commencent : philosophie, histoire, critique, trois écoles

  1. Le docteur Bertrand a été le père de deux savans éminens de nos jours : M. Joseph Bertrand, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, et M. Alex. Bertrand, le conservateur du musée de Saint-Germain, qui fait autorité dans l’archéologie celtique.