Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/513

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direction de ses destinées ! Et ces destinées elles-mêmes, que devaient-elles être, suivant Dubois ? Ne semblait-il pas avoir devant les yeux le gouvernement qui se fonde aujourd’hui lorsqu’il disait : « Autre chose est notre situation et celle de l’Angleterre après la révolution. Pour elle, l’aristocratie était l’ancre de salut : pour nous, c’est la démocratie patiente et éclairée, marchant d’un pas lent, mais d’ensemble, à la conquête d’institutions toutes nouvelles sur le sol de l’Europe. A coup sûr, beaucoup mourront avant la vue de cette terre promise, car les nations ne vont pas vite en besogne. Est-ce une raison pour se décourager et décourager les autres, appeler des gens qui travaillent à la place de tous et qui, au lieu de faire ce qui convient à tous, ne font presque toujours, avec les meilleures intentions, que ce qui convient à eux-mêmes ? N’élevons pas les princes comme les patrons de la liberté ; rangeons-les au contraire sous son patronage, et, moins dévots aux formes républicaines, sachons en prendre un peu mieux l’esprit. Ni rois absolus, ni tyrans populaires ne seront alors à redouter ; le pays se régira lui-même : self-government, c’est l’espoir et la paix de l’avenir. »

On voit par ce remarquable passage combien peu Dubois était désireux d’un changement de dynastie. Ce qu’il voulait avant tout, c’était le gouvernement du pays par lui-même, et il ne lui semblait pas que ce fût un bon moyen d’atteindre ce but que d’appeler une nouvelle famille qui, préoccupée de ses intérêts propres, devait, avec les meilleures intentions du monde, se donner à elle-même pour but de s’établir et de se conserver sur le trône plutôt que d’apprendre peu à peu au pays le moyen de se passer d’elle. Un tel but était peut-être plus facile à obtenir avec une vieille dynastie qu’avec une nouvelle. On comprend en effet qu’une vieille dynastie, satisfaite de durer, fière d’un respect traditionnel et de l’amour populaire, aurait pu se contenter du rôle, si grand en lui-même, de faire germer et fleurir, sous sa protection, les libertés nouvelles, d’habituer les Français à se gouverner, en réduisant la fonction du pouvoir à celle de modérateur et de pacificateur. Que ce ne fût pas là une illusion, c’est ce qui avait été démontré par le règne de Louis XVIII, qui avait compris en partie ce rôle, et en avait tiré pour la dynastie elle-même les plus heureux effets. Pourquoi de jeunes princes, un peu plus animés d’esprit moderne, comprenant mieux leur temps, éclairés par une sage politique, n’eussent-ils pu prêter les mains à ce progrès ? Ne sont-ce pas en Italie, en Autriche, des souverains absolus qui ont eux-mêmes, motu proprio, introduit dans leur pays les libertés constitutionnelles ? En seront-ils amoindris dans l’histoire ? Pourquoi un duc de Berry, par exemple, ou son fils, alors enfant, n’eussent-ils pas pu avoir une ambition semblable ? Rien