Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/566

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de la parole à l’acte, de l’urne à la barricade, du vote à l’insurrection… Si les barricades dressent leurs pavés sur les places publiques, si elles sont victorieuses, il ne faut pas qu’il en sorte des gouvernans, mais un principe : pas d’hommes, mais la commune. » Ce manifeste parut tellement inopportun, tellement bête aux journaux de nuance excessive, qu’ils l’attribuèrent, comme toujours, à une manœuvre de police. Pindy se fâcha et se hâta de protester : « Je revendique la responsabilité ; c’est vous dire que j’inflige le démenti le plus catégorique à tous ceux qui insinuent que j’ai désavoué ce manifeste. »

Non, la commune représentée par les contumax et les graciés n’a abjuré aucune de ses prétentions, n’a abandonné aucun de ses espoirs. En marge de nos frontières, regardant vers la France, elle attend le moment d’y rentrer et de retourner vers l’Hôtel de Ville avant même qu’on ait eu le temps de le reconstruire. Elle ne le cache pas, car elle est naturellement bavarde ; elle l’a dit et répété à satiété dans tous les journaux qu’elle a pu fonder en Suisse, en Belgique, en Angleterre, que ce soit le Qui vive ! la Fédération, le Mirabeau, la Nouvelle Lanterne, la Guerre sociale, l’Avant-garde, le Révolté, et d’autres qu’il serait fastidieux d’énumérer. La terre doit appartenir au paysan, l’usine doit appartenir à l’ouvrier, et toujours, partout, sur tous les tons, on crie au bourgeois le mot du trappiste : Frère, il faut mourir ! De temps à autre, on donne quelques avertissemens à la justice française. En septembre 1878, Dardelle, l’ancien colonel gouverneur des Tuileries, estime dans le Mirabeau, qui se publie à Verviers, que les juges militaires sont « d’impudens coquins revêtus d’un caractère soi-disant légal. » Parlant de la condamnation d’Etienne Boudin, l’assassin du pharmacien Koch [1], il dit avec apaisement : « Mais cette affaire n’en restera pas là, il viendra un jour où il y aura en France une véritable justice, et alors les juges et témoins auront à rendre compte du crime judiciaire qu’ils ont commis. » La justice, — la véritable justice, — que nous promet Alexis Dardelle, nous la connaissons ; elle a fonctionné pendant la commune, Raoul Rigault en fut le procureur général ; elle eut pour prétoire la cité de Vincennes, le préau de la Grande-Roquette, la cour des Tuileries, le passage Dubois, l’avenue d’Italie, l’avenue Victoria, la rue Servan, le fort de Bicêtre, le chemin de ronde de Sainte-Pélagie, l’avenue Parmentier, et tous les autres endroits où les innocens tombèrent sous les coups de leurs meurtriers. Oui, Dardelle, vous ramènerez avec vous cette véritable justice, nous le savons,

  1. Procès E. Boudin ; déb. contr., troisième conseil de guerre, 16 février 1872.