Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/577

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plus gaie, car le 19 décembre, le citoyen Bazin dit : « La terreur est telle en France depuis 1871 que nul n’ose plus y parler. » Il n’y a pas à qualifier de pareilles rêveries ; un des membres de la réunion s’en est, du reste, chargé dans la séance du 9 juin, lorsqu’il a dit : « Nous sommes en train de faire la cuisine de la révolution et nous pourrions paraître monstrueux aux gens qui nous entendraient. « Il ne faut ni s’étonner, ni s’effrayer outre mesure de toutes ces sornettes sorties de cerveaux malsains, faibles et méchans. J’ai consulté les procès-verbaux de la Société démocratique française, qui tenait séance à Londres en 1839 et 1840 ; ce n’est ni moins violent, ni moins bête. ; mais ce qui ressort des manifestes et des discussions des contumax amis du général Eudes ou fréquentant la taverne du duc d’York, c’est qu’ils rêvent tous la dictature, à la condition de l’exercer eux-mêmes. La commune, essayant d’expliquer ses crimes, a prétendu qu’elle avait voulu sauver la république menacée par rassemblée nationale ; elle a menti. A ces gens, la forme républicaine est aussi odieuse que la forme monarchique. Le 15 avril 1879, la cour d’assises du canton de Neufchâtel, en Suisse, a été contrainte de faire comparaître les rédacteurs d’un journal appelé l’Avant-garde qui prêchait ouvertement l’assassinat. La plupart des accusés avaient brillé à l’Hôtel de Ville, combattu sous le drapeau rouge et avaient pu échapper à l’action des lois françaises. Le président demanda à l’un des accusés : « En qualité d’anarchiste collectiviste, ne poursuivez-vous pas la suppression de l’état républicain aussi bien que de l’état monarchique ? » L’accusé répondit : « Oui. » Il a répondu pour la commune tout entière, qui n’a jamais eu d’autre but, ni d’autre intention.


IV. — Le quart-état.

Les insurgés de 1871, poussés par des mobiles qui échappent à toute morale, à tout patriotisme, se sont soulevés contre le pays légal, ont remporté une victoire inique, se sont conduits au pouvoir comme des viveurs fanfarons et cruels, ont essayé de détruire Paris, qu’ils ne pouvaient plus détenir, ont été sans dignité ni force devant les conseils de guerre, et, dans leurs réunions de coutumax, ils ont ressassé toute sorte de sottises qui prouvent leur violence et leur nullité. Tout cela est fait pour rendre modeste, et cependant il n’est pas un de ces coupables que n’ait saisi le démon de l’orgueil, et qui ne s’imagine très sincèrement être de taille à bâtir une civilisation modèle. Leur superbe est extrême, tous se croient des Christophe Colomb, et tous sont partis à la découverte du nouveau monde. Ils