Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/598

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composition, il peut y avoir encore décomposition de la conscience. La section des diverses parties de l’encéphale diminue l’intensité et la concentration de la conscience : le sentiment du moi s’affaiblit alors et disparaît. Dans le chien empoisonné par le curare, on voit s’isoler les diverses fonctions abolies l’une après l’autre ; mais ensuite, si on pratique sur lui la respiration artificielle, on les voit reparaître successivement comme si la conscience même s’était décomposée et se recomposait. Les narcotiques produisent des effets analogues. L’anémique désespéré sent sa conscience s’écouler avec son sang ; qu’on lui transfuse un sang nouveau, les cellules qui participaient tout à l’heure à la vie et à la conscience d’un autre être entrent dans sa vie propre et raniment sa conscience. Dans l’état normal, la nutrition est une transfusion perpétuelle : les parties se renouvellent, leurs relations subsistent, et toutes ces vies s’accordent au sein de la conscience totale. Celle-ci se croit absolument simple ; n’est-elle point multiple sous bien des rapports ? Il y a des phénomènes de chimie mentale, comme disent Hartley et Stuart Mill, dans lesquels on voit deux choses d’abord distinctes se confondre en une troisième qui paraît sans rapport avec les autres : que les couleurs de l’arc-en-ciel passent lentement sous vos yeux, elles vous sembleront distinctes ; qu’elles tournent avec rapidité, les sensations des diverses couleurs viendront se fondre dans la sensation du blanc, qui ne ressemble à aucune autre. Où a lieu cette fusion, cette composition, sinon dans la conscience ? Donc il y a dans la conscience des apparences d’unité produites par la variété même ; une induction nouvelle porte à se demander si l’unité apparente de la conscience entière n’est point une illusion. Combien de choses ainsi paraissaient simples que l’analyse scientifique a résolues en une infinité d’élémens ! La conscience, au moins en tant que centre des sensations ou sensorium, est comme un son qui semble unique et qui cependant renferme, premièrement une multitude de sons semblables, secondement une foule de sons formant avec les premiers des accords consonans, troisièmement une foule de dissonances qui, jointes aux consonances, déterminent le timbre caractéristique de l’ensemble. Une femme se reconnaît au timbre de sa voix ; bien plus nous reconnaissons tel individu déterminé au timbre particulier de sa parole. Le timbre est le caractère propre, l’individualité du son : s’il se saisissait lui-même, il serait la conscience du son, il serait son moi. — Comme nos perceptions et nos souvenirs, nos désirs et nos inclinations semblent résulter de l’association d’une multitude de consciences élémentaires qui, entrant en société et combinant leurs tendances selon la loi du parallélogramme des forces, produisent un mouvement de l’ensemble dans une direction déterminée. Parfois nous nous sentons tristes ou gais sans