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premiers siècles de l’empire, le premier arsenal de la côte narbonnaise.

Inde forum Juli parvam nunc vidimus urbem.
Apparent veteris vestigia magna theatri,
Ingentes arcus, et thermæ, et ductus aquarum ;
Apparet moles antiqui diruta portus,
Atque ubi portus erat, siccum nunc littus et horti.

« Nous arrivons à Fréjus, qui n’est-plus qu’une pauvre petite ville. Voici les grandes ruines du théâtre antique, les arceaux effondrés, les thermes, l’aqueduc et les débris épars des quais et des bassins. Le port a disparu sous les sables ; ce n’est plus qu’une plage et un champ. » Il est impossible de faire en moins de mots une description plus nette et plus vraie. Fréjus est en effet moins qu’une ville déchue ; c’est une ville morte, — étouffée, comme tant d’autres du littoral, par les boues et les alluvions du fleuve qui lui avait donné la vie.


I

Avant la conquête romaine, Fréjus était le centre principal de la peuplade des Oxybiens. Là Provence était alors occupée par un assez grand nombre de tribus appartenant toutes à la grande famille ligurienne, mais dont il est bien difficile aujourd’hui, pour ne pas dire impossible, de connaître les limites exactes et l’importance relative.

Tout ce que l’on sait de ces Oxybiens, c’est qu’ils faisaient partie du groupe beaucoup plus considérable désigné sous le nom de Commoniens, et que leur pays était borné au nord par celui des Suétriens montagnards, au midi par la mer. Les indications fournies par les anciens géographes sont un peu vagues et très sommaires ; mais elles permettent cependant d’attribuer à ce petit peuple la possession de la vallée inférieure de l’Argens, c’est-à-dire la riche plaine qui s’étend entre la chaîne des Maures et celle de l’Estérel.

Il est hors de doute que les Phéniciens d’abord, puis les Grecs de Phocée, dont on retrouve les traces dans toutes les villes littorales de la Ligurie, avaient fondé à l’embouchure de l’Argens un établissement de commerce, et qu’une ville liguro-phénicienne ou liguro-grecque existait bien avant l’occupation romaine. Le vertueux Agricola, beau-père de Tacite, était de Fréjus ; il l’appelle une « illustre et très ancienne colonie, » et parle de sa prospérité dans les siècles qui ont précédé la campagne de César. Toutefois on n’a retrouvé que très peu de vestiges de cette période antérieure à la conquête,