Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/656

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de l’époque impériale, le souvenir des Ligures, des Phéniciens, des Grecs, en même temps qu’une sorte de constatation de l’insalubrité de cette zone marécageuse au temps même de sa plus grande prospérité.

Toutefois ce ne sont là que des indices, et la ville de Fréjus doit être considérée comme romaine et impériale. Toutes les ruines importantes qu’on y a trouvées sont en effet postérieures à la conquête des Gaules. César n’eut pas le temps de mettre ses projets à exécution. Le port ou plutôt la partie de l’étang où venaient stationner les navires et qui, dans le principe, paraît avoir été tout à fait à l’est de la ville, fut bientôt comblé par les atterrissemens ; et lorsque, quelques années plus tard, Agrippa, ministre et favori d’Auguste, vint occuper la Gaule, il dut entreprendre des travaux considérables pour le mettre en état de recevoir la flotte romaine et les trois cents galères que la victoire d’Actium venait de livrer à son heureux maître.

C’est à cette époque qu’il faut placer la construction de la plus grande partie de Fréjus. Les géographes des premiers siècles la désigneront désormais sous le nom de classica navale Augusta, colonia Octavonorum, ce qui signifie que c’était un arsenal dédié à Auguste et que la colonie avait été renouvelée par les soldats de la 8e légion.

L’ancienne colonie romaine ne nous a laissé que des ruines ; mais elles sont nombreuses et grandioses, et les progrès de la science archéologique permettent aujourd’hui de reconstituer avec une exactitude parfaite la physionomie de la ville antique. Il est pénible cependant d’avouer que la destruction de la plus grande partie des remparts et des monuments est tout à fait récente, et que presque toutes les maisons construites à Fréjus depuis moins d’un siècle ont emprunté leurs matériaux aux édifices romains. Le doute n’est malheureusement pas permis à cet égard ; et il suffit pour s’en convaincre de comparer ce que l’on voit aujourd’hui avec les ruines décrites en 1729 par un modeste écrivain, l’abbé Girardin. L’importante monographie de Girardin n’a aucune prétention archéologique ; l’auteur ne possédait d’ailleurs que des notions d’architecture très incomplètes et se contentait de décrire d’une manière naïve peut-être, mais d’autant plus digne de foi, l’état extérieur de la ville et de ses environs. Depuis lors, une étude savante de M. Charles Texier, insérée dans les Mémoires de l’Académie des inscriptions et belles-lettres et donnant le résultat des fouilles qu’il opéra à deux reprises différentes en 1822 et en 1829, a permis de reconnaître que l’état des ruines était encore à cette époque beaucoup plus satisfaisant qu’aujourd’hui.

Toutefois, malgré les dévastations sans nombre que la ville