Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/666

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le service de la ville et du port. L’aqueduc serpentait le long de plusieurs collines, traversait des gorges secondaires et entrait à Fréjus par la porte romaine à la hauteur même des remparts. On en voit encore les ruines sur plus de 30 kilomètres de développement ; ici c’est une cuvette souterraine, là des arcades ruinées, dont les longs alignemens rappellent les grands aqueducs de la campagne romaine. Par une singulière disposition, les eaux arrivaient dans la ville à la hauteur même des remparts, de telle manière que le chemin de ronde de l’enceinte, recouvert de dalles, pouvait servir de rigole de distribution. Les arcades de l’aqueduc, dont on aperçoit encore les piliers dans la campagne, avaient en général de 10 à 12 mètres de hauteur et une ouverture de 5 mètres ; de grands contreforts en talus venaient s’appuyer contre les piédroits. C’est incontestablement le travail d’adduction d’eau le plus étendu, sinon le plus monumental, que les Romains ont établi sur le sol de la Narbonnaise. Une armée d’ouvriers a dû en très peu de temps le mener à bonne fin ; mais la main-d’œuvre et les procédés de construction sont exactement les mêmes que pour tous les monumens de la ville, et il est même évident que la précipitation de la construction a nui à la solidité de l’œuvre, qui a été réparée peu après son achèvement. Les traces de ces réparations sont encore très visibles ; en quelques endroits l’aqueduc est même doublé, ce qui indique qu’une seconde canalisation de secours avait été construite à côté de la première qui devait menacer ruine, et il est à remarquer que les parties réparées ont été en général traitées avec beaucoup plus de soin que l’ouvrage primitif.

Aucun document épigraphique ne permet de déterminer l’époque précise de la construction de l’aqueduc. Il est cependant assez probable qu’elle est à peu près la même que celle des remparts et de la majeure partie de la ville, et l’opinion générale des antiquaires est qu’il date des premières années de l’empire, tandis que les réparations auraient été faites sous le règne de Vespasien, après la guerre entre Othon et Vitellius.


IV

Les seuls monumens de Fréjus qui diffèrent de tous les types connus et si souvent reproduits par les Romains dans toutes les villes latines et les colonies sont ceux qui concernent le port. Les quais et les jetées sont encore apparens au sud de la ville, dans la plaine d’alluvions sablonneuses que traverse dans toute sa largeur le chemin de fer de Toulon à Nice. La grande jetée s’enracine à la citadelle dont les substructions circulaires et les vigoureux