Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/671

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largeur. Ces dimensions ne sont pas de beaucoup inférieures à celles des grands amphithéâtres des trois villes que nous venons de citer ; mais l’édifice était moins élevé, les gradins moins nombreux, et, tandis qu’à Nîmes l’amphithéâtre contenait près de vingt-cinq mille spectateurs, le calcul très exact fait d’après les restaurations de M. Ch. Texier ne permet pas d’en attribuer à celui de Fréjus plus de dix mille ; en y ajoutant toutes les places comprises dans l’intérieur des portiques, les dégagemens et les couloirs, en supposant ce que l’on appelle, en terme de théâtre, une salle comble, on arrive à peine au chiffre de douze mille. D’après cette base, la population de Fréjus aurait été de vingt à vingt-cinq mille âmes.

Cette estimation est d’ailleurs corroborée par la comparaison que l’on peut faire entre l’enceinte de Fréjus et celle de Nîmes, par exemple, l’une des villes romaines le mieux connues du midi de la France et dont la population ne dépassait pas quarante mille âmes à l’époque de sa plus grande splendeur sous le règne d’Antonin. Le périmètre des remparts avait à Nîmes près de 6 kilomètres ; celui de Fréjus n’avait que 3,500 mètres ; une proportion facile à établir permet d’arriver approximativement au chiffre de population que l’amphithéâtre nous avait déjà donné, — c’est-à-dire de vingt à vingt-cinq mille habitans, chiffre bien inférieur sans doute à celui que l’on cite quelquefois, mais qui représente cependant, pour l’époque romaine, une ville d’une très sérieuse importance.

Un port comme Fréjus, établi en pleine zone d’atterrissemens, était destiné à une décadence rapide. Nous avons vu que, sous les premiers empereurs, on avait dû construire un môle avancé et détourner les eaux de l’Argens, tantôt pour rejeter au large les atterrissemens, tantôt pour opérer une chasse dans le bassin. Ce ne furent que des palliatifs. Tant que l’empire fut florissant, il fut possible d’organiser un service d’entretien pour opérer le dragage du port continuellement menacé par les crues de l’Argens. Ce n’était qu’une affaire de main-d’œuvre, et la main-d’œuvre ne coûtait rien à l’époque romaine. Une armée de terrassiers convenablement dirigés pouvait facilement maintenir dans la lagune et le chenal une profondeur de 3 mètres, bien suffisante pour les navires de l’époque ; mais dès le Ve siècle, l’arrivée des barbares interrompit le cours régulier de l’administration impériale ; le port ne fut plus l’objet que d’un entretien intermittent, et les boues de l’Argens et du Reyran, qui arrivaient d’une manière continue, exhaussèrent dans une très forte proportion le fond de la zone inondée et commencèrent à combler les étangs qui séparaient la ville de la mer.

L’invasion sarrasine ruina complètement le pays ; l’amphithéâtre