Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/687

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et 152 au baromètre à mercure, exécuter 736 milles de levers, installer 109 points de triangulation et faire 1,095 milles de sondages ! Ces chiffres donnent au lecteur une idée du temps et du soin apportés par la commission américaine à ses opérations. Tenu d’émettre son opinion et de conclure, le commandant Selfridge a indiqué comme la solution la moins onéreuse un passage par l’Atrato et le Napipi.

Ce passage comprend un parcours total de 330 kilomètres, dont 278 sur l’Atrato, grand fleuve au cours très sinueux, mais qui cependant, une fois son embouchure passée, est navigable sans aucun travail d’art jusqu’au confluent du Napipi. Quant à l’embouchure de l’Atrato, elle est composée de neuf bouches, qui toutes malheureusement sont fermées par une barre de sable et de vase de plus de 1,200 mètres d’étendue en mer, barre semblable à celle du Rhône, difficile à couper par un chenal navigable en raison des apports continuels du fleuve.

Le canal proprement dit du colonel Selfridge commencerait à l’embouchure du Napipi ; il remonterait cette rivière au moyen de dix écluses élevant successivement son plan d’eau jusqu’à la cote de 39m,65 au-dessus du niveau moyen des deux mers. Le bief de partage, d’une longueur d’environ 17 kilomètres et demi, traverserait la cordillère au moyen d’une grande tranchée et d’un tunnel de 8 kilomètres 950 mètres creusé dans la roche. Enfin, par une série de treize écluses, — car ce n’est pas fini, — établies en va-et-vient sur un parcours de moins d’un kilomètre, le canal déboucherait du côté du Pacifique dans la baie du Cupica. D’après ce projet, qui se ressentait un peu trop, et sans doute contre la volonté de son auteur, du go ahead emporté des Américains, le tirant d’eau ne serait que de 7m,93, la largeur à la flottaison dans la grande tranchée de la cordillère de 34m,46, réduite encore à 20 mètres sur les 8,200 mètres de tunnel.

De telles conditions d’exiguïté dans un canal maritime rendent le projet du commandant Selfridge impossible a priori ; les grands navires à aubes, dont la largeur totale est de 20 à 22 mètres, en seraient exclus, et les navires à hélice de 3,000 à 4,000 tonneaux, dont la largeur est de 15 à 16 mètres, ne pourraient y passer sans éprouver des avaries. Le devis estimatif des travaux à exécuter donne la somme assez ronde de 600 millions de francs, somme qui serait certainement doublée, si on voulait arriver à des sections pratiques comme celles du canal de Suez. Est-ce là le projet qui devait être patronné un jour par la Société de géographie de Paria ? Il était permis d’en douter.

Nous avons dit que l’exploitation du Nicaragua avait été confiée au commandant Lull, secondé par M. Menocal, ingénieur des