Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/768

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


l’intelligence meurt avant le corps- ; je ne saurais trop dire pourquoi, mais cela me semble ainsi. Histoire de vanité peut-être. Je suis de l’avis d’Alphonse le Chaste, qui, indépendamment de cette qualité, était un roi d’esprit, que, si j’avais été consulté par la Providence sur l’arrangement des choses terrestres, je lui aurais épargné bien des sottises. Quoi de plus facile par exemple que de supprimer la douleur ? L’homme aurait été de bonheur en bonheur, comme au spectacle de Nicolet, de plus fort en plus fort. Il serait mort au moment du plus grand bonheur possible, et le beau serait que, ne sachant pas quel serait ce bonheur, on s’y exposerait avec la plus grande facile, persuadé que ce n’est qu’un bonheur provisoire. Adieu, madame, le papier me manque pour développer cette théorie. Ce me serait en ce moment un bien grand bonheur de causer avec vous des hommes et des choses en contemplation de vos pantoufles grises, aux pieds desquelles je dépose mes très respectueux hommages. »


« Cannes, 24 mars 1867.

« Je viens de lire l’exposé des motifs de la loi sur la presse. On y dît fort bien toute la puissance qu’elle a prise, tout le mal rqu’elle a fait et tout celui qu’elle peut faire, mais on conclut en lui ouvrant la porte à deux battans. « Mon ours moud, mou ours griffe, prenez mon ours ; il a étranglé tous ceux qui l’ont fait danser, prenez mon ours. » Je suppose que messieurs du corps législatif ont aussi peur que nous de la bête, mais ils ne veulent pas paraître poltrons et ils l’accepteront. Il faut dire à la louange de la nation française qu’elle n’aime pas trop la liberté pour elle-même, sachant l’usage qu’elle en fait ; mais elle s’afflige et s’indigne quand on lui dit qu’elle n’est pas libre. Nous sommes comme des enfans qui ont peur quand on les laisse aller seuls, mais ils demandent à aller seuls pour ne pas paraître des enfans, à la bonne heure…

« Je pense me mettre en route à la fin de cette semaine et arriver comme les badauds pour l’ouverture de l’exposition. Je voudrais bien savoir si M. le préfet de police laissera les trois Japonaises qu’on nous annonce faire leur commerce à l’exposition. Je n’aime dans ces affreuses fêtes de l’industrie que les choses de l’Orient, encore se gâtent-elles tous les jours. Je viens de lire dans un voyageur anglais une description des maisons de thé au Japon. Elles sont très intéressantes, et ce qui ne l’est pas moins, c’est que l’usage est d’y envoyer les demoiselles pour y apprendre les belles manières. Lorsqu’elles ont appris tout ce qu’une demoiselle japonaise doit savoir, elles se marient avantageusement. N’est-ce pas très raisonnable au fond ? Adieu, madame, je suis très