Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/807

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généraux n’était pas de nature à inspirer à ceux-ci un bien vif enthousiasme. Les diplomates sont sujets après tout aux faiblesses humaines. Faut-il leur en faire un crime ? Ce serait se montrer bien sévère et bien peu psychologue.

On ne doit pas s’étonner non plus si les tribunaux de la réforme, ou plutôt si la cour d’appel d’Alexandrie a éprouvé pour le ministère européen des sentimens analogues à ceux des consuls. Les tribunaux de la réforme avaient dépouillé les consuls d’une partie importante, capitale même de leur autorité ; ils espéraient aller plus loin et la leur enlever tout entière. Conduite par un homme, d’une rare intelligence, mais d’un caractère dangereux ; la cour d’appel d’Alexandrie avait certainement rêvé de jouer en Égypte le rôle que les anciens parlemens jouaient en France sous la vieille monarchie. Pour atteindre ce but, elle avait commencé par s’emparer, avec une remarquable habileté, des pouvoirs du ministère de la justice et de la direction souveraine des tribunaux de première instance. Direction disciplinaire et financière, car les tribunaux de première instance ont été en quelque sorte mis au pas par la cour. Tous les revenus des procès, au lieu d’être versés à la caisse du ministère des finances, sont versés dans une caisse dont le président de la cour d’appel a la libre disposition, ce qui est conforme au reste à une des coutumes financières les plus détestables de l’Égypte, où un grand nombre d’administrations ayant des revenus séparés dont elles usent à leur gré, sans rendre compte de leur gestion à personne, il est presque impossible d’établir un contrôle général du budget. C’est le même président qui nomme tous les agens des tribunaux, depuis les greffier jusqu’aux gardiens, depuis les huissiers jusqu’aux comptables ? Le parquet seul le gênait : cette autorité rivale de la sienne l’offusquait ; peut-être aussi ce contrôle lui paraissait-il insupportable. Il a trouvé le moyen de l’annihiler, sinon de le supprimer complètement. Il ne reste plus aujourd’hui pour représenter le parquet qu’un avocat général français et des substituts indigènes ; tous les substituts européens ont été nommés juges, ce qui était une manière de s’en débarrasser. Le procureur général belge a été évincé. Ayant ainsi concentré ses forces, le président de la cour d’appel a commencé une campagne qui n’a été d’ailleurs ni sans profit ni sans gloire. On se rappelle les nombreux arrêts rendus par la cour contre le khédive dans les procès des daïras [1], arrêts qui n’ont point été exécutés, mais qui n’en ont pas moins contribué à miner le despotisme égyptien. Un de ces arrêts contenait un considérant bien instructif : la cour y déclarait que

  1. Voir à ce sujet, dans la Revue du 1er mars 1878, une excellente étude de M. G. Bousquet.