Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/812

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avancé, s’obstinant à ne rien changer à leurs habitudes propres, rencontrent à chaque pas des difficultés que la force seule peut résoudre. Or les Anglais tiennent à leurs méthodes administratives ou antiadministratives autant qu’à leur costume national ou à leur thé. Aucune considération de race ou de climat ne les décide à les changer. L’Égypte est d’ailleurs semée pour eux d’obstacles que nous n’y rencontrons pas. Tout ce qui existe d’institutions politiques et administratives sur les bords du Nil a été calqué sur nos institutions nationales ; ce sont des importations françaises acclimatées par des Français. De plus, notre langue est la langue officielle des administrations et du gouvernement égyptiens. Dans une œuvre aussi délicate que la réorganisation d’un pays, on ne saurait croire quel avantage donne la possession de la langue officielle. Que de fois, durant le ministère commun, les Anglais n’ont-ils pas été obligés de recourir à nous uniquement parce qu’ils étaient embarrassés pour rédiger un décret, une circulaire, un document !

Exclure la France de ce ministère, c’eût été donc commettre une double faute : faute politique qui aurait rejeté notre pays dans le parti des mécontens, faute administrative qui aurait éloigné des administrations égyptiennes les hommes qui étaient particulièrement aptes à les réformer. Par bonheur, l’insistance habile et énergique de notre diplomatie prévint cette double faute. L’Angleterre, qui avait éprouvé à Berlin l’utilité de notre amitié, ne pouvait la compromettre pour nous priver de l’influence à laquelle nous avions droit en Égypte. Elle se contenta de la limiter de son mieux. Durant les malheureuses campagnes pour le paiement du coupon, les Anglais avaient accaparé un grand nombre d’administrations égyptiennes : les postes, les télégraphes, les douanes, les ports, etc. Les finances leur revenaient de droit, vu le rôle que M. Wilson avait joué dans la commission d’enquête. Mais ils auraient fait passer, si cela leur avait été possible, tous les services de l’état dans le portefeuille des finances ! C’est à grand’peine que la diplomatie française parvint à leur arracher les chemins de fer, qu’ils refusaient de livrer aux travaux publics ; quant aux ports, il n’y eut pas moyen de les leur prendre, ils ne voulurent à aucun prix les abandonner. La France eut le bon esprit de céder, sachant qu’elle regagnerait en détail ce qu’on lui refusait en gros. D’ailleurs, pendant les démêlés que la constitution du ministère soulevait entre Londres et Paris, on s’était ému à Rome. L’Italie est une nation particulièrement heureuse, qui a les défauts de tous les enfans gâtés de la fortune : elle ne saurait comprendre que quelqu’un obtienne un succès quelconque à côté d’elle sans qu’elle obtienne aussitôt le pareil. Peu lui importe qu’elle l’ait gagné ou non ! Le hasard l’a trop bien servie jusqu’à ce jour pour qu’elle compte uniquement