Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/878

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370 kilomètres, et qu’on lui en assigne aujourd’hui 372. Son vaste estuaire avait frappé les anciens, qui le comparaient à une mer. Déjà du temps d’Ausone, et même au-dessus de Bordeaux, la basse Garonne portait le nom de Gironde. L’Aude baignait autrefois les murs de Narbonne, qui était un vrai port de mer, et ce fleuve semblait aux anciens joindre ses eaux à celles du Rhône, qui communiquait en effet par un de ses bras, après avoir touché Aigues-Mortes, à la série des étangs qui se succèdent le long des côtes.

Le Rhône enfin, comme aujourd’hui, se faisait remarquer par l’impétuosité torrentueuse de ses ondes comme la Saône par son cours si lent qu’elle semblait immobile. Strabon et Ptolémée s’imaginaient qu’elle descendait des Alpes. La Saône était la grande artère commerciale de l’ancienne Gaule. Deux peuples riverains, les Éduens (pays d’Autun) et les Séquanes (Franche-Comté), se disputèrent le droit d’y prélever des péages.

C’est en passant en revue les côtes qu’on peut signaler des changemens notables depuis l’époque romaine. Le territoire national s’est trouvé tantôt agrandi par les conquêtes de la terre sur la mer, tantôt diminué par les envahissemens de l’élément liquide. Nos côtes méditerranéennes présentent à cet égard deux divisions bien tranchées. Si, partant du Var, ancienne limite de la Gaule et de l’Italie, nous nous dirigeons vers l’occident jusqu’aux embouchures du Rhône, nous longeons une côte granitique et schisteuse, âpre, peu favorable à l’élève du bétail, mais amie des arbres secs, l’olivier, l’amandier, le figuier. Là, sauf quelques érosions, aucun changement d’importance n’a eu lieu depuis l’antiquité. Mais, depuis les bouches du Rhône jusqu’aux Pyrénées, la côte n’a pas cessé d’empiéter sur la mer. M. Desjardins, dans l’ouvrage qui nous sert de guide, a attiré très judicieusement l’attention sur une circonstance qui explique les changemens amenés par les siècles dans la configuration de ce littoral. Dans une mer fermée et sans marée comme la Méditerranée, les fleuves ne peuvent se débarrasser de leurs apports comme dans les mers à flux et reflux. Ils forment non-seulement des deltas, mais encore des barres que ne disperse pas périodiquement le mouvement dis marées. On a calculé que, depuis la victoire remportée par Marius à Aix en Provence jusqu’à l’année 1876, le Rhône avait dû porter à ses embouchures l’énorme quantité de 41 milliards 517 millions mètres cubes de limon. Aussi peu de fleuves ont, depuis l’antiquité, subi plus de changemens à leur estuaire. L’aspect du pays démontre qu’à une époque géologiquement moderne le Rhône se jetait dans la mer à Arles, et que la Camargue a été depuis entièrement formée par ses atterrisse-mens. Il y avait donc entre Lunel à l’ouest et les monts de