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se faire sur une beaucoup plus petite échelle qu’on ne le croirait en s’en tenant au tableau que César nous a laissé dans ses Commentaires. Si, en l’absence de tout document positif, on voulait désigner une cité gauloise comme leur lieu d’origine, la plus grande probabilité serait que le druidisme est originaire du pays carnute ou chartrain. C’est là que l’ordre tient ses assises, là qu’il se prétend au centre même de la Gaule. Si les druides étaient venus d’outre Manche n’auraient-ils pas choisi en Gaule même un lieu de réunion plus rapproché du littoral ? D’Autricum (Chartres) à la mer il y avait 170 kilomètres à vol d’oiseau, presque autant de Caracotinum (Harfleur) à la côte britannique, et c’était pour le temps une distance énorme.

M. Desjardins nous montre enfin comment la conquête romaine se consolida par l’établissement des colonies, bien plus que par les garnisons que les empereurs y entretinrent. Un texte de Josèphe, autorité bien mince en pareille matière il est vrai, laisserait croire que quinze cents hommes suffisaient pour maintenir dans l’obéissance la Gaule conquise. Il a toujours fallu bien plus d’hommes que cela pour tenir en respect les envahisseurs d’outre-Rhin. Mais il est facile de comprendre que l’écrasement de la cause nationale dans la personne de Vercingétorix et de ses courageux lieutenans tua pour longtemps aussi l’esprit national qui sortait pour ainsi dire des limbes. Le parti romain ou romanisant qui existait déjà à l’arrivée du conquérant dut hériter de tout l’ascendant que le parti opposé avait perdu. Le sentiment qu’il était insensé de vouloir lutter contre la tactique et les arts d’une nation plus avancée devint général. Il en fut de même de l’idée qu’on faisait désormais et fatalement partie de l’immense empire qui avait absorbé tant d’autres peuples glorieux, qu’il n’y avait plus qu’à jouir de la « paix romaine, » et qu’à suivre le grand courant qu’il était vain de prétendre remonter. Les colonies de soldats cultivateurs disséminées sur tout le territoire, l’habile politique de César et d’Auguste, les franchises locales laissées aux cités firent le reste. La Gaule comme nation indépendante sombra pour des siècles sous la suprématie romaine, puis sous la domination des envahisseurs germains. Elle ressuscita sous le nom de France. Il serait aussi puéril de contester que, pendant ces deux longues périodes, elle s’est ouverte a de nombreux élémens apportés par ses dominateurs que de nier la légitimité du point de vue qui cherche dans la vieille Gaule le fond permanent, au moral comme au physique, de notre nationalité. La domination germaine nous a peu donné et peu laissé ; c’est nous bien plutôt qui nous sommes assimilé les conquérons germains et qui les avons civilisés. La Gaule a beaucoup plus profité de son union forcée avec Rome et l’antique civilisation. Elle y a contracté