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UN
HISTORIEN AMERICAIN
J.-L. MOTLEY

John Lothrop Motley. — A memoir, by Oliver Wendell Holmes.


Les Anglais ont un mot qui nous manque pour exprimer un ensemble de souvenirs qui n’aspire point à la dignité, ni à l’exactitude d’une biographie complète. Le memoir n’est pas la même chose que ce que nous appelons les mémoires : dans ceux-ci, le héros se peint lui-même ; dans le memoir, il est peint par un autre. Heureux quand il peut, comme l’historien Motley, trouver pour tracer son portrait la main délicate et tendre d’un ami, la main habile et spirituelle d’un écrivain comme Oliver Wendell Holmes. C’est chose difficile de parler de ceux que l’on a vraiment aimés ; on se croit fort, apaisé : on se croit écrivain assez exercé pour achever tranquillement une tâche qu’on s’est donnée ; on a construit un grand édifice idéal qu’on s’apprête à matérialiser pierre à pierre. Tout d’un coup une image, l’écho d’une voix devenue surnaturelle, un souvenir qui se réveille, jettent l’âme dans un trouble profond : on pose la plume et l’on va achever dans le silence et la nuit du rêve les retours vains et douloureux vers le passé. Si Motley avait pu choisir son biographe, il n’aurait pu en demander un meilleur que Holmes : celui-ci a été le témoin, pour ainsi dire, de toute sa vie et le confident de toutes ses pensées. Il est de plus lui-même un des membres éminens de cette petite phalange littéraire dont s’enorgueillissent à juste titre les États-Unis et qui compte encore dans son sein Emerson, Longfellow, Lowell. Le nom de Holmes n’est pas aussi universellement connu en Europe que quelques-uns de ceux que nous venons de citer : poète, il n’est pas aussi poète que