Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/945

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d’un simple rapprochement. Ce sont deux notes, l’une dans le premier volume, au bas d’une page de la préface, et l’autre dans le second, perdue parmi le commentaire. Voici la première : « Mme Périer montre, et la vérité de son assertion est prouvée par l’étude des fragmens autographes, que Pascal s’appuyait principalement sur les miracles pour établir la vérité de la religion. » Remarquez ce « principalement » et cet appel à « l’étude des fragmens autographes. » Dans l’intervalle du premier volume au second qu’a-t-il pu se passer ? Le commentateur a-t-il oublié ce qu’avait écrit l’auteur de la préface ? ou pour des raisons que nous ne sommes pas admis à connaître s’en est-il repenti ? Je l’ignore. Ce que je vois, c’est qu’en arrivant au chapitre qu’il intitule Des miracles en général et dans lequel on réunit tous les fragmens de Pascal sur les miracles, M. Molinier nous déclare u que la plupart des pensées qui forment ce chapitre et le suivant ne font plus réellement partie de l’ouvrage projeté par Pascal. » Ceci est bizarre. L’ouvrage projeté s’appuyait principalement sur les miracles, et les fragmens sur les miracles ne font pas cependant partie de l’ouvrage projeté ?

… Vous m’y voyez rêver !
J’en cherche la raison sans la pouvoir trouver.


Mais au moins M. Molinier nous a donné là une forte marque d’inattention.

Je ne le chicanerai pas cependant là-dessus, car en somme il se pourrait bien que cette grande entreprise d’une restauration de l’Apologétique de Pascal fût parmi ces entreprises qui ne laissent pas de faire grand honneur à quiconque les a tentées seulement, mais qui sont condamnées par avance à ne pas réussir. Il sera toujours glorieux d’y avoir échoué, mais on y échouera toujours.

De quelles ressources en effet dispose-t-on ? Je sais bien que Mme Périer nous a laissé quelque chose, — autant du moins qu’elle l’avait compris, — du plan que Pascal se proposait de suivre. Nous avons même mieux que cela, puisque nous avons la préface de l’édition de Port-Royal, où le propre neveu de Pascal, ce même Etienne Périer dont il avait suivi de près et achevé l’éducation, nous donne tout au long l’analyse d’un discours prononcé vers 1658 ou 1660, et dans lequel, en peu de mots, Pascal aurait « représenté ce qui devait faire le sujet et la nature de son ouvrage, — rapporté en abrégé les raisons et les principes, — expliqué l’ordre et la suite des choses qu’il y voulait traiter. » Nous avons aussi cet admirable Entretien de Pascal avec M. de Saci, dont M. Ernest Havet a pu dire qu’il <c contenait la clé des Pensées » et dont il a montré lui-même, dans une introduction de quelques pages qui sont parmi ce que l’on a jamais écrit sur Pascal de plus pénétrant, de plus précis et de plus serré, tout le