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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




14 août 1879.

Il y a en politique une qualité qui est en apparence bien modeste, qui ne supplée pas à d’autres qualités essentielles, sans doute, mais dont on ne se passe pas impunément, c’est la justesse ou si l’on veut la mesure dans les actions comme dans les idées. La justesse en politique, c’est le bon sens appliqué aux affaires d’un pays, c’est l’à-propos dans le maniement des grands intérêts publics ; c’est l’art de gouverner avec fermeté quand il le faut et toujours avec modération, sans violenter les sentimens et les mœurs, sans rechercher les questions inutiles et les conflits irritans, sans livrer surtout un régime nouveau aux inspirations exclusives et passionnées de l’esprit de parti. Qu’est devenue cette précieuse justesse qui est peut-être à certains momens la première condition de succès ? Elle semble malheureusement assez oubliée, elle est mise en suspicion comme une qualité surannée et compromettante pour ceux qui la gardent encore. Elle disparaît réellement un peu trop dans ce tourbillon de démonstrations, de discours, de lettres, d’excentricités qui se succèdent depuis quelques semaines. Entre la session parlementaire qui vient de finir et la session des conseils généraux qui va commencer il y a eu quelques jours remplis de manifestations de toute sorte, — distributions de prix, inaugurations de statues, célébrations d’anniversaires, — où le sentiment vrai des choses, il faut l’avouer, n’est pas ce qui a brillé le plus. Qu’on le veuille ou qu’on ne le veuille pas, il faut bien se soumettre aux souveraines nécessités ; la France reste dans une situation exceptionnelle, dans des conditions extérieures et intérieures particulières, où elle est toujours obligée, dans l’intérêt de sa dignité, dans l’intérêt même de ses institutions nouvelles, de se défendre des faux mouvemens, de mesurer sans cesse ses actes et son langage. La France a beau avoir multiplié depuis huit ans les plus énergiques efforts, elle sent bien qu’elle n’est pas au bout de son