Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/955

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


ses opinions républicaines. En vérité, la participation, pourtant si naturelle, de l’ancien ministre aux fêtes lorraines a été presque un événement ; pendant huit jours on en a parlé, on a discuté à perte de vue sur cette éventualité grosse d’orages. M. Jules Simon irait-il à Nancy et parlerait-il ? N’était-il pas tenu de s’abstenir ? Il a été assailli de sommations et de défis, menacé d’être excommunié et banni de la république. Qu’a-t-il donc fait pour être ainsi traité ? Il a eu le courage de rester fidèle à ses vieilles idées libérales, de se prononcer dans la commission du sénat, dans ses conversations, contre quelques parties des lois proposées par M. Jules Ferry. Il a eu la hardiesse de répudier cet article 7 si merveilleusement imaginé pour raviver toutes les passions. Grand et impardonnable crime après lequel il n’avait plus qu’à garder un prudent silence, sous peine de rencontrer sur son chemin toutes les animadversions des républicains purs ! M. Jules Simon, il est vrai, ne s’est point arrêté devant ces menaces ; il a bravé avec un calme nonchalant les cris de quelques énergumènes. Il a fait son discours, et même en évitant, ce qu’on redoutait peut-être, quelque programme politique, il a été assez habile pour dire ce qu’il y avait d’essentiel, tout ce qu’il voulait dire. Il a su montrer M. Thiers acceptant courageusement parfois l’impopularité et inscrire la liberté d’enseigner parmi les libertés nécessaires dont le premier président de la république a légué l’héritage. Il a tout dit ; mais enfin, il faut bien en convenir, il n’a pu parler qu’à la faveur des « circonstances atténuantes » dont M. le maire de Nancy s’est plu généreusement à réclamer pour lui le bénéfice auprès d’un auditoire échauffé. M. Jules Simon obligé d’accepter caution de M. le maire de Nancy pour parler de la liberté d’enseigner devant l’image d’un des auteurs de la loi de 1850, voilà qui est parfait ! Si M. de Marcère avait voulu dire dans un discours ce qu’il a écrit dans une lettre où il remet heureusement en lumière les vraies traditions de l’ancien président de la république, il aurait probablement trouvé le même accueil. Si les plus vieux amis de M. Thiers, fidèles à un passé commun, avaient voulu porter leur témoignage devant la statue de Nancy, revendiquer une part de la carrière si diverse et si lumineuse de leur ancien compagnon des luttes publiques, ils auraient été peut-être bafoués ; ils auraient été pour le moins traités comme des revenans ou des importuns dont on n’avait que faire. L’orthodoxie aurait protesté comme elle a protesté au nom de l’article 7, et c’est ainsi qu’â cette cérémonie qui aurait dû être consacrée tout entière à des souvenirs de piété nationale, de modération supérieure et de libéralisme, s’est mêlé l’esprit de parti avec ses puérilités, ses faiblesses, ses vaines bravades et ses bruyantes dissonances.

Non vraiment, la justesse, cette précieuse justesse qui était l’essence de la politique de M. Thiers, qui a si souvent inspiré le premier