Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/958

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consacrer avec lui cette restitution ; la question perdrait de sa gravité ou cesserait dans tous les cas d’avoir le caractère irritant qu’elle a pris. Ce qu’on défend justement contre lui, c’est le droit commun, qu’il n’est pas plus permis de suspendre au détriment de ses adversaires qu’au détriment de ses amis. Ce qu’on a mille fois raison de combattre, c’est cette pensée qui, sous le voile de ce qu’on appelle des « revendications nécessaires, » tend à l’abrogation des garanties et des libertés conquises, à la reconstitution d’un monopole épuisé, aboli depuis trente ans. Si M. Jules Ferry croit rallier l’Université à sa cause en la flattant de la promesse d’une prépondérance nouvelle, en parlant à son orgueil, à ses ambitions, à ses intérêts de corporation, il se trompe encore. L’Université n’est plus évidemment aujourd’hui ce qu’elle a été autrefois, ce qu’elle est restée longtemps. Elle s’est façonnée à la liberté, elle en accepte les conditions, les émulations viriles, les généreux aiguillons. L’Université nouvelle est libérale comme M. Jules Simon est libéral. Elle n’éprouve pas le besoin d’être protégée dans son indépendance, dans son autorité par des dispositions comme celle de l’article 7. Elle comprend le progrès comme une extension de la liberté pour tous. Le réactionnaire, le rétrograde, c’est M. le ministre de l’instruction publique cherchant à rétablir, d’une manière plus ou moins déguisée, un monopole qui n’a plus de raison d’être, et c’est ce qui fait que cet article 7 reste une œuvre factice qui ne répond plus à la vérité des choses, qui n’a d’autre résultat que d’entretenir sans nécessité une agitation stérile. Le dernier discours de la Sorbonne n’est qu’une manifestation de plus d’une politique bruyante qui a oublié de consulter tout d’abord la situation réelle de la France et même les intérêts bien entendus de la république.

L’été, sauf les circonstances extraordinaires où il y a de grandes questions européennes, des guerres engagées et prolongées en dépit des saisons, l’été est un temps de repos pour la diplomatie comme pour les parlemens. C’est le moment des voyages de santé, des excursions de plaisir pour les souverains, pour les chefs de chancelleries. Le fait est que pour cette année les signes sont assez rassurans, les politiques peuvent se disperser, il n’y a aucune apparence de crise, aucun gros nuage à l’horizon, rien qui soit sérieusement de nature à affecter l’état général de l’Europe et à donner de l’occupation aux cabinets.

Ce n’est point assurément que chaque pays n’ait ses embarras particuliers, ses difficultés intérieures. La Russie, à peine sortie de la guerre, reste en face des agitations persistantes, presque insaisissables des sectes révolutionnaires qui déjouent les répressions et irritent le gouvernement du tsar. L’Allemagne est engagée dans une évolution réactionnaire dont M. de Bismarck a seul le secret. L’Autriche vient d’avoir des élections qui peuvent modifier sensiblement l’équilibre de l’empire austro-hongrois, et qui commencent par nécessiter une modification de