Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/959

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ministère ; l’Autriche est même peut-être à la veille d’une épreuve plus grave, s’il est vrai que le chef de la politique autrichienne dans les dernières années, le comte Andrassy, soit sur le point de quitter son poste de chancelier. L’Italie est au lendemain d’un changement de cabinet, elle est entrée dans une phase nouvelle du règne de la gauche et elle ne semble pas trouver des gages bien évidens de sécurité dans le nouveau ministère Cairoli qui vient de naître à Rome ; elle n’est peut-être à l’abri de l’instabilité ministérielle que pour quelques mois, à la faveur des vacances parlementaires. Tous les pays, même les plus puissans, ont certainement leurs complications, leurs épreuves, leurs troubles intérieurs ; ils ont leurs crises politiques, sociales ou religieuses, sans parler des crises économiques, commerciales et industrielles, communes à la plupart des nations. Chaque peuple du continent européen a sa vie plus ou moins laborieuse, ses affaires plus ou moins embarrassées. A un point de vue général, dans l’ordre diplomatique, et c’est là le signe caractéristique, l’heureux phénomène du moment, il n’y a rien de grave, rien qui laisse présager de nouveaux et prochains conflits. Tout se réduit à cette éternelle et incohérente question d’Orient qui se survit à elle-même par les mille détails de l’exécution du traité de Berlin, sur laquelle, avant les vacances de la saison, M. Je ministre des affaires étrangères de France et lord Beaconsfield en Angleterre ont jeté encore une fois quelques lumières par leurs récens discours.

Avant que les chambres françaises aient quitté Versailles, à propos du budget de son ministère, M. Waddington s’est fait un devoir de dire où en est aujourd’hui cette question orientale, la seule qui reste pour le moment la préoccupation de l’Europe ; il a tenu à fixer quelques-uns des points principaux, à retracer la lente et progressive application de la paix de Berlin en faisant la part de la diplomatie de la France dans ces laborieuses négociations. Lord Beaconsfield, de son côté, a saisi l’occasion que lui a offerte un banquet du lord-maire pour reprendre l’exposé de la participation de l’Angleterre à la pacification de l’Orient, à la transformation ou à l’amputation salutaire de l’empire ottoman. Les deux discours, celui de M. le président du conseil de France et celui du chef du cabinet anglais, ont été prononcés à peu de jours d’intervalle, et ils ne se ressemblent point assurément. Ils ne se ressemblent ni par le ton ni par la couleur, et ils ne pouvaient pas se ressembler.

Lord Beaconsfield a parlé sans doute de bien d’autres choses qui intéressent l’Angleterre, de la guerre de l’Afghanistan, qui est à peu près finie, de la guerre de l’Afrique centrale, qui a eu déjà ses incidens douloureux, de la crise agricole et industrielle ; il a parlé avant tout de l’Orient, de la paix de Berlin, et avec son imagination puissante, lord Beaconsfield, on le sait, a la faculté de tout voir, de tout représenter selon ses désirs ou ses illusions. A ses yeux, tout marche le mieux du