Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/961

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précise, à l’intervention diplomatique prévue par le traité de Berlin. Le rôle de la France, tel que l’a dépeint M. Waddington, paraît être justement de lever cette dernière difficulté. La France n’agit pas sans doute isolément, elle est l’initiatrice, la promotrice de l’action collective de l’Europe. Elle aide utilement, sans vulgaire arrière-pensée, à la solution la plus favorable, et si on a parfois l’air de s’étonner de l’intérêt que notre diplomatie porte à la Grèce, la raison est pourtant évidente, elle ne peut être confondue avec un simple raffinement de philhellénisme. La raison politique, c’est qu’en vérité, si après les récens ébranlemens de l’Orient cette question grecque demeure indécise, si elle reste livrée aux antagonismes locaux, à l’ardeur des passions nationales, aux hasards de la force, elle peut devenir à chaque instant le principe de conflagrations nouvelles, fatales à l’empire ottoman lui-même ; c’est que la Grèce est une des plus vieilles clientes de la France, un des élémens nécessaires de la civilisation dans ce bassin de la Méditerranée, où l’influence française doit rester présente par des manifestations directes, par des alliances naturelles. Le problème est de concilier ce qui peut désintéresser la Grèce et ce que la Porte peut accorder sans trop s’affaiblir. Qu’en sera-t-il maintenant de la médiation européenne évidemment engagée sous cette inspiration ? Il y a peut-être quelques chances favorables de plus depuis l’avènement au pouvoir de Savfet-Pacha, qui était récemment ambassadeur à Paris et qui paraît être un de ces Turcs disposés à tirer prudemment le seul parti possible des conditions nouvelles créées à la Porte-Ottomane par la guerre. La Porte n’a certainement aucun intérêt à entretenir à ses frontières des foyers d’incandescence. Elle est bien plutôt intéressée, ainsi que l’a dit M. Waddington, à en finir avec tous les conflits irritans pour se dégager et se consacrer à des améliorations intérieures, pour essayer de raffermir et de sauver ce qui reste de l’empire des Osmanlis.

Quant à la question égyptienne, elle est nécessairement ce qu’elle peut être au lendemain d’une crise qui était devenue inévitable à la suite des excès du dernier vice-roi et qui, on ne peut se le dissimuler, a été pour le gouvernement turc une occasion de reprendre quelques-unes de ses prérogatives souveraines à Alexandrie. Le firman accordé au nouveau khédive, Tevfik-Pacha, porte visiblement la marque de cette reprise de possession des droits de la souveraineté au nom du sultan. La Porte a même paru un moment vouloir pousser plus loin ses revendications en annulant les firmans de 1866 et de 1873 ; elle ne s’est arrêtée que devant les représentations de l’Angleterre et de la France qui ont sans doute jugé nécessaire la déposition d’Ismaïl-Pacha, mais qui se sont montrées résolument opposées à tout ce qui pourrait atteindre l’existence particulière de l’Égypte, notamment à l’abolition de l’hérédité directe dans la famille du vice-roi. Tout dépend maintenant de ce