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traits généraux les partis qui se disputent le pouvoir et auxquels se rattachent, dans les circonstances graves, les sectes politiques dissidentes dont nous venons seulement d’énumérer quelques-unes.

Pendant la guerre de l’indépendance, les dissentimens particuliers et les divergences politiques s’étaient effacés devant le danger commun. L’esprit de contradiction reprit ses droits quand on dut procéder à l’œuvre d’organisation. Deux partis se trouvaient en présence : le parti fédéral, qui ne voyait de salut que dans la constitution d’un gouvernement fort, concentrant entre ses mains la plupart des droits des états particuliers, et le parti républicain ou démocrate, car au début ces deux termes étaient identiques, fortement imbu des théories extrêmes de la révolution française et conseillé par Jefferson, alors à Paris, grand ami de Paine et lié avec les principaux jacobins. Ce ne fut qu’en 1801 que le mot de démocrate prévalut ; jusque-là le parti le repoussait comme une injure et se désignait lui-même sous le nom de parti républicain. Le parti républicain actuel date de 1855 ; il prit pour mot d’ordre populaire la suppression de l’esclavage. C’était le but apparent ; le but réel était d’enlever le pouvoir à l’aristocratie du sud et de le faire passer dans les mains des états du nord, renforcés par l’immigration, fortifiés par l’admission des états de l’ouest, et qui disputaient dans le congrès la majorité au parti démocrate. L’élection présidentielle de 1856 mit pour la première fois les deux partis en présence. Les républicains portaient John C. Frémont, les démocrates soutenaient James Buchanan, qui fut élu par 1,838,000 suffrages, mais le parti républicain en réunit 1,341,000, et le candidat dit américain, Fillmore, 874,000. Ce résultat prouvait que l’alliance des américains et des républicains constituerait les démocrates en minorité, et cette alliance était d’autant plus probable qu’entre américains et républicains, à vrai dire, il n’y avait qu’une nuance.

L’élection de Buchanan fut le dernier succès des démocrates. Quatre ans plus tard, la majorité se déplaçait par suite des dissensions intestines du parti démocrate. Une scission s’était produite dans leurs rangs, et deux candidats, John S. Douglass et John C. Breckinridge, se disputaient les suffrages d’un parti qui n’avait pas trop de toutes ses forces pour tenir tête à ses adversaires. Abraham Lincoln, candidat républicain, obtint 1,866,000 voix, et de ses deux adversaires, l’un 1,375,000, et l’autre 845,000. Lincoln était élu, et le sud, confiant dans ses ressources militaires et dans la majorité des votes démocrates, déclarait l’Union rompue et proclamait à Richmond la confédération des états esclavagistes. Les chefs du mouvement sécessionniste opposaient aux 1,866,000 votes républicains les 2,220,000 donnés aux démocrates et affectaient de