Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 36.djvu/270

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persiste dans la voie d’intolérance et d’exclusion où un parti le pousse. On a vu où nous conduisent les gouvernemens qui ne laissent point parler. Il ne faut pas qu’on nous fasse voir où nous mènent un gouvernement et un parlement qui ne veulent pas s’expliquer. La lumière avant tout dans le parlement, l’indépendance dans le gouvernement, la paix dans le pays : voilà ce que la pratique du gouvernement parlementaire peut seule nous donner. Sous ce régime de la parole libre, il faut que la politique qui est au pouvoir s’amende ou qu’elle cède la place à une autre.

Il n’y aurait qu’un danger, mais grave, dans l’existence et la durée d’un ministère de parti qui aurait mal compris son rôle de gouvernement républicain, c’est le cas où le pays ne serait pas averti à temps, afin de pouvoir aviser à propos. Le suffrage universel est plein de patience pour ses élus. Il est lent à comprendre que les choses vont mal. L’opinion du public qui sait et qui pense est depuis longtemps en campagne, quand le sentiment populaire n’est pas encore éveillé sur le péril d’une situation. Il a pourtant une manière de faire comprendre d’abord au gouvernement qu’il n’est pas satisfait, c’est une indifférence apparente marquée par l’abstention. Peut-être le jour n’est-il pas éloigné où, grâce au scrutin de liste, c’est une minorité active et disciplinée qui élira le plus grand nombre de nos députés. Si le parti républicain voyait dans cette situation électorale une raison de sécurité, il se tromperait bien. Ce serait, au contraire, le moment de trembler pour l’avenir de la république. D’abord l’indifférence du suffrage universel n’est pas propre à donner du prestige et de la force au gouvernement qui sort de telles élections. Et puis, cette indifférence n’est que le signe avant-coureur des grands mouvemens populaires. Pendant que le parti victorieux se complaît et se repose dans les douces satisfactions du pouvoir, l’heure sonne où le sentiment des masses éclate, et sur un mot d’ordre qui l’exalte et l’entraîne, emporte dans une réaction violente les ministères, et parfois les républiques comme les monarchies. Trop heureux alors le pays, si la minorité sage et libérale qui avait déjà conquis la véritable opinion publique, trouve grâce devant le suffrage universel, et si la réaction conservatrice s’arrête à un ministère de centre gauche ou de gauche modérée. Nous comptons sur le gouvernement parlementaire pour prévoir et prévenir un pareil dénouement. Nous espérons encore dans la sagesse de la majorité républicaine éclairée par l’expérience. Nous espérons surtout dans la salutaire influence d’une opposition plus désireuse d’arrêter le gouvernement sur une pente dangereuse que de le remplacer. Il faudrait vraiment désespérer de la fortune de notre grand et malheureux pays, si la