Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 36.djvu/446

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travaux et ces améliorations profitent à l’avenir encore plus qu’au présent, et il ne serait pas juste que ce dernier fût seul à en supporter la charge. Mais les emprunts pour travaux utiles ou pour améliorations sont les plus rares. Les gouvernemens ont le plus souvent besoin d’argent pour couvrir des déficits de budgets, pour faire face à des dépenses mal justifiées et quelquefois même pour entreprendre la guerre. Dans ces derniers cas, lequel vaut mieux de l’emprunt ou de l’impôt ? Les économistes se prononcent généralement pour l’impôt. Ce sera une charge très lourde pour le contribuable. Tant mieux ! disent-ils, on se montrera plus vigilant pour en surveiller l’emploi, et pour arrêter les entraînemens fâcheux du gouvernement ; s’il s’agit d’une guerre à soutenir, par exemple, on voudra qu’elle soit bien justifiée, et ne s’étende pas au delà de ce qui est raisonnable. Il est bien certain en effet qu’on mettra plus de zèle à empêcher une grande dépense qu’on devra solder immédiatement qu’à prévenir celle dont le poids ne se fera sentir que petit à petit par les intérêts à payer chaque année tout en devant durer plus longtemps. Mais il faut se placer à un autre point de vue, se mettre en présence d’une dépense nécessaire, eût-elle pour objet de couvrir un déficit ou de faire la guerre ; il y a des déficits qu’on n’aurait pas pu éviter, et des guerres qui sont utiles, celles par exemple qui ont pour but de défendre l’intégrité et l’indépendance du territoire. Dans ce cas, la dépense doit être faite, et il s’agit de chercher le moyen de la rendre le moins préjudiciable à la fortune du pays. Les financiers répondent que c’est par l’emprunt plutôt que par l’impôt, et le duc de Broglie est de leur avis. On dit en faveur de l’impôt que, s’il se fait sentir durement et s’il apporte un certain trouble dans les relations commerciales, par le renchérissement qu’il produit, le malaise est tout à fait momentané ; aussitôt la crise passée ou la guerre finie, les choses reviennent à leur taux normal, et le capital social n’a pas été diminué. C’est comme une bourrasque qui passe sans laisser de trace. Cette appréciation, suivant les financiers, est tout à fait erronée. L’impôt extraordinaire, à moins qu’il ne soit de peu d’importance, non-seulement se fait sentir très durement, mais il a des conséquences qui ne s’effacent pas avec la crise qui les a faits naître. Le renchérissement qui en résulte bouleverse un certain nombre d’industries, on ne peut pi us produire aux conditions nouvelles, parce qu’il n’y a plus de consommateurs. Les ruines s’accumulent, les capitaux se déplacent, et quand la crise est passée, les ruines subsistent encore. On ne retrouve plus l’ancienne situation ; la bourrasque qu’on a subie est de la nature de celles qui renversent les arbres, les maisons, et dont on ne répare pas aisément les ravages. C’est donc une erreur de croire que pour une