Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 36.djvu/448

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


qu’en renversant toute idée de prévoyance, elle peut mener les états à la banqueroute. Nous considérons au contraire l’amortissement comme la pierre angulaire du crédit et comme une nécessité de premier ordre dans tout pays qui veut avoir de bonnes finances.

Si nous préférons ; l’emprunt à l’impôt pour couvrir certaines dépenses extraordinaires et urgentes, c’est à la condition que cet emprunt ne restera pas perpétuel et qu’on se préoccupera de le racheter le plus promptement possible. Nous ne voulons pas de l’impôt pour acquitter en un an ou deux une dépense de 3 ou 4 milliards, le trouble qui en résulterait serait trop considérable ; mais nous l’acceptons volontiers pour rembourser cette somme en quinze ou vingt ans, comme ont fait les Anglais après la guerre de Crimée, comme sont en train de faire les Américains, et comme nous aurions dû faire nous-mêmes, après nos grands désastres, si nous avions eu un peu plus de résolution. Il suffisait pour cela de maintenir au budget obligatoirement les 200 millions par an de ressources extraordinaires qui nous ont servi à rembourser la Banque de France. — Avec ces ressources, en vingt-deux ans, à partir de ce jour, le superflu de la dette contractée pour la guerre aurait pu être éteint.

Quand on réfléchit à l’amortissement, on trouve qu’il a deux grands avantages : d’abord il exonère au bout d’un certain temps d’une dette plus ou moins lourde qui entre dans les frais généraux de la production et rend la concurrence plus difficile au dehors. On peut dire aujourd’hui, en voyant le peu de marge qu’il y a poulies bénéfices industriels et commerciaux, que l’avenir appartient aux nations qui auront le moins de dettes ; car elles pourront produire à meilleur marché, c’est probablement pour cela que les Américains, gens très avisés, mettent tant d’ardeur à diminuer la leur. Supposons qu’en France nous puissions amortir dans un délai de vingt-deux ans les 7 milliards dont sont encore grevées nos finances par suite de la dernière guerre, et que nous ayons ainsi prochainement 300 millions de moins à payer par an. Quel allégement pour nos impôts ! quelle facilité plus grande pour le commerce au dedans et pour la concurrence au dehors ! Cela vaudrait mieux que tous les. systèmes de protection qu’on invoque en ce moment. Le second avantage qui est à considérer dans l’amortissement, c’est l’élévation immédiate du crédit qui en résulte. Quand les Américains ont commencé à réduire leur dette, après la guerre de sécession, leur crédit était à 6 et 7 pour 100, et il se serait probablement aggravé encore, s’ils étaient restés impassibles en face de cette dette qui était alors de 15 milliards. Au lieu de cela, ils se sont imposé des sacrifices considérables pour l’amortir et ils en