Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 36.djvu/516

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rapport aux endroits où étaient les quartiers-généraux. Le sentiment qui dominait dans le peuple, c’était le désir de voir bientôt se terminer la guerre, et la grande majorité des Français était favorable au retour des Bourbons.

La question politique ne fut plus agitée entre l’empereur de Russie et de ses alliés. La suite des événemens montrera combien il aurait été sage de déterminer à l’avance l’attitude à prendre et d’arrêter un plan raisonné, et basé sur le principe de la restauration du pouvoir légitime. Cependant l’avantage d’avoir écarté pour le moment une idée aussi funeste était trop grand pour ne pas nous satisfaire. Si nous avions essayé d’aller plus loin, nous aurions échoué, et nous aurions compromis l’union nécessaire entre les puissances qui poursuivaient au cœur de la France une entreprise encore exposée à tous les hasards de la guerre.

Il n’y avait aucun danger que la nation se prononçât pour le maintien du régime impérial. Nos soins se bornaient à bien mener la guerre et à remettre le succès final entre les mains de celui qui est plus puissant que les hommes.

Dans le cours des événemens de 1814, peu de négociations sont mieux connues du public que celles de Châtillon. Les actes du congrès ont été livrés à la publicité et discutés par les historiens de tous les partis. Ce qui suit est l’expression de la vérité relativement à l’esprit qui dirigea les cabinets dans cette conjoncture.

Malgré la bonne intelligence qui régnait entre les quatre puissances alliées, il y avait entre elles des divergences secrètes sur plusieurs points d’une importance considérable et décisive. L’empereur d’Autriche n’avait en vue, ne désirait qu’un ordre de choses qui lui permît d’assurer la paix de l’Europe en rétablissant une équitable pondération des forces ainsi que l’équilibre politique qui avait été complètement détruit par les conquêtes de la France sous la révolution et sous l’empire. A l’époque dont nous parlons, c’est-à-dire après la concentration des opérations entre la Seine et la Marne, la chute prochaine de l’empire français était indubitable pour tout homme politique qui ne se payait pas d’illusions. La restauration des Bourbons et le retour de la France à ses anciennes limites semblaient à l’empereur François et à son cabinet la seule solution possible, car elle seule pouvait garantir une paix durable : toute paix reposant sur un autre principe que celui de la légitimité eût été précaire. Sur ce point fondamental, l’Autriche était parfaitement d’accord avec le gouvernement britannique.

Comme on l’a vu tantôt, les idées de l’empereur Alexandre flottaient dans le brouillard d’un libéralisme vague, tantôt elles étaient régies par des influences personnelles ou accidentelles. La Prusse nourrissait des projets de conquête et des idées de vengeance qui