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comme sur le chapitre des Principautés, on ne s’était pas entendu ou l’on s’était mal entendu. L’entrevue d’Osborne avait réussi à merveille, comme tentative de rapprochement entre les personnes ; elle était restée à peu près sans résultat, comme moyen de rapprochement et de fusion entre les deux politiques. Lord Clarendon s’était trompé lorsqu’il avait écrit au prince Albert le 20 mai : « Je crains qu’une semblable visite ne soit fort peu agréable à la reine. » Lord Palmerston, en revanche, avait vu juste, lorsqu’il avait dit : « Si telles sont les opinions de l’empereur, que va-t-il chercher à Osborne ? »


II

Huit jours après avoir reçu les adieux de l’empereur et de l’impératrice, la reine et le prince Albert eurent l’idée de faire inopinément et tout à fait incognito une excursion sur les côtes de France. Ce petit voyage est présenté dans le livre de M. Martin comme n’ayant eu qu’un but de pur agrément. Quoi qu’il en soit, le 19 août, le yacht Victoria and Albert, portant les augustes voyageurs et six de leurs enfans, apparaissait en vue de Cherbourg, Aussitôt l’éveil est donné aux autorités françaises. Le préfet maritime se rend à bord du yacht royal, où il est retenu à dîner. Le soir, présentation à la reine et au prince d’un certain nombre d’officiers des armées de terre et de mer. Puis, séjour de quarante-huit heures à Cherbourg, visite du port et des fortifications, promenades en char à bancs dans les environs de la ville, et finalement le 21 août, départ pour Alderney.

Il est curieux de saisir sur le vif les impressions des deux augustes visiteurs au lendemain de leur excursion sur, la côte de Normandie. La reine se laisse d’abord aller à l’enthousiasme : « Le pays est superbe ; il rappelle tout à fait le Devonshire ; la population est simple et primitive ; elle est restée vraiment rustique ; les chemins de fer n’ont pas encore gâté cette ravissante contrée. » Bref, le Cotentin est une nouvelle Arcadie : les vertus de l’âge d’or, exilées du reste de la terre, ont trouvé asile entre la pointe de Barfleur et le cap de la Hague :

…….. Extremaper illos
Justitia excedens terris vestigia fecit.


Le prince Albert, lui, envisage les choses d’un œil un peu différent. Ce n’est pas l’ingénuité des mœurs de la basse Normandie qui le frappe le plus. Dès le 21 août, il écrit à son fidèle Stockmar :