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passa devant leur maison et vit, sur le toit, danser les anges. Il entra et dit au garçon : — Qui est-ce qui demeure ici ? est-ce vous ? — C’est nous, mais nous sommes pauvres, pauvres, et n’avons pas même de quoi manger. — Il leur répondit : — C’est bien ; le Seigneur me l’a fait entendre, et je sais que vous êtes bons. Il posa sur la table une bourse et leur dit : — Je vous donne cette bourse ; tirez-en autant d’argent que vous en voudrez, il y en aura toujours. Mais si vous êtes mauvais et que vous jetiez l’argent par les fenêtres, prenez bien garde, le Seigneur vous punira. — Un mois après, il passa de nouveau devant la maison, il regarda le toit, et au lieu d’anges il y vit danser des diables. Il entre alors et voit quantité de jeunes gens habillés de soie, la maison en fête et la table servie : un dîner de prince. Aussitôt il s’avance doucement, doucement, reprend la bourse et dit aux garçons : — Est-ce là la promesse que vous me faisiez d’être sages ? Est-ce le bien que vous voulez au Seigneur ? Vous ne sauverez pas votre âme si vous n’allez pas dans un désert pour y faire pénitence et y mourir. — Les garçons alors sont partis et ont couru dans un désert, où ils ne faisaient que prier et pleurer. Quand ils sont morts, on a vu trois colombes monter au ciel : c’étaient les âmes de ces garçons.


II. — LES CONTES TOSCANS.

Nous allons maintenant en Toscane, et notre tâche devient plus facile ; le toscan, c’est à peu près de l’italien. Nous disons à peu près, c’est le mot juste. Nous avions cru longtemps, sur la foi de Manzoni, que les nourrices florentines pouvaient donner des leçons de grammaire aux académiciens de la Crusca ; cependant la prononciation populaire est défectueuse, même au bord de l’Arno ; les voyelles initiales des mots sortent avec des soupirs ; telle consonne manque à l’appel ou se fait remplacer par une autre. Un plébéien du Marché-Vieux nous dira : Hâte vo’ fatta la tal hosa au lieu de : Avete voi falta la tal cosa ? A force d’aspiration, le dialecte de Florence et de Pise (beaucoup moins ceux de Sienne et de Pistole) paraissent aussi haletans, aussi essoufflés que l’allemand. De là le proverbe qu’on répète à satiété : « Langue toscane dans une bouche romaine. » Ce dicton est doublement inexact : dans le peuple, qui est seul en cause, la bouche romaine a de mauvaises habitudes, et la langue toscane se permet de fortes incorrections que M. Imbriani se plaît à relever. L’une des plus coupables, selon nous, est le déplacement de l’accent. L’accent est l’âme de la langue. Les Florentins disent Trinita au lieu de Trinità ; nous avons entendu les savans justifier cette faute par de doctes, considérations sur