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l’accent et la quantité ; mais de quel droit les Toscans disent-ils sédere au lieu de sedére ! Un improvisateur, qui s’était fait prier une heure pour montrer son petit talent, finit par se lever et par dire en estropiant le verbe vedére :

Oh che bel védere,
Se spunta il di..


Un assistant l’interrompit aussitôt par une rime qui reproduisait la même dislocation d’accent :

Si ponga a sédere,
Basta cosi [1].


Malgré ces réserves, nous reconnaissons que le toscan est le dialecte le plus pur de l’Italie ; plein de grâce, de finesse, de câlinerie, d’agacerie piquante, riche en diminutifs caressans qui se multiplient pour flatter l’oreille et cajoler l’attention. Les bonnes femmes de Florence et de Pistole racontent vivement et avec entrain, ne craignant pas le détail, s’entendant à la mise en scène, et si elles n’ont pas cette fougue d’imagination, cette mobilité de pensée qui nous frappent chez les Siciliennes, elles montrent en revanche une aisance de mouvement, une vivacité d’allure, une pétulance et une volubilité qui donnent de la vie à leurs moindres récits. Elles ne se contentent pas comme les Milanaises d’aller droit au fait et de servir leur repas sans dessert ni hors-d’œuvre. Elles savent développer leurs romans et en compliquer l’intrigue. Voici par exemple comment elles racontent une anecdote rapportée en trois mots par le savant Bebelius et à peine indiquée par Voltaire dans la préface des fameux récits de Guillaume Vadé.

Une veuve avait trois fils ; l’un d’eux, Angelot, dormait toujours. Marions-le, dit la veuve, ça le réveillera. — Mais bah ! à peine marié, Angelot (Angiolino) défendit à sa femme de se lever : on ne les voyait qu’à table. Les frères se mirent en colère et dirent à la veuve : — Il était seul à dormir, maintenant ils sont deux. Partageons notre bien et qu’ils s’en aillent. — Angelot et Caroline sa femme prirent leur part et s’en allèrent ; chemin faisant ils mangèrent tout. Angelot alla pêcher dans la rivière, il y trouva un poisson superbe et voulut le porter au roi. Une sentinelle l’arrêta à la première porte du palais et ne le laissa passer qu’à la condition de partager avec lui par moitié la récompense qui lui serait donnée. Arrivé au haut de l’escalier, Angelot trouva une seconde sentinelle qui lui demanda de même un quart de la récompense ; dans l’antichambre, une troisième sentinelle réclama également une part de butin. Angelot arriva enfin

  1. Oh ! qu’il fait beau voir poindre le jour ! — Vous pouvez vous asseoir, cela suffit.