Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 36.djvu/676

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je vais me lever aussi. — Non, non, restez au lit, ne vous levez pas. Ce n’est pas encore l’heure de vous lever.

La duègne ouvre la porte de la rue et court au grand galop chez M. Joseph. Le serviteur, qui entend frapper en bas, se met à la fenêtre. — Qui va là ? — M. Joseph y est-il ? — Puisses-tu tomber morte, vieille malandrine ! est-ce l’heure d’importuner les gens ? — Le serviteur alla dans la chambre de son maître. — Monsieur Joseph, monsieur Joseph ! — Qu’y a-t-il ? — Il y a telle et telle qui veut vous parler. — Fais-la entrer. — Le serviteur pense qu’ils sont décrépits tous les deux. Il la fait entrer ; elle passe dans la chambre de M. Joseph. — Toi, tu sais, tu peux retourner chez toi, dit-il au serviteur. — Ah ! monsieur Joseph, bien trouvé ! j’ai tout fait pour vous. — Elle lui donne le dessin de la chambre qu’elle avait crayonné. — Voici l’anneau, le plus beau bijou qu’elle eût au doigt. Vous pouvez dire à la délégation qu’elle vous en a fait présent de sa propre main. Voici maintenant des cheveux de son chignon. — Tu les as pris aussi ! Brava ! brava ! Va dans ma commode ici près : il y a trois cassettes ; ouvre-les, sers-toi d’or et d’argent, remplis aussi les poches de la robe que je t’ai donnée » Et va-t’en en paix, je te remercie. — La vieille s’en va.

Le jour levé, voici M. Joseph qui sort du lit, s’habille et tout, prend les papiers et court à la délégation devant les juges : — Oh ! monsieur Joseph, bien arrivé ! — Il tire de sa poche les papiers et les enveloppes ; il montre la feuille où la chambre est dessinée et tout. — Voici le plus beau joyau qu’elle eût, elle m’en a fait présent de sa propre main, et voici les cheveux de son chignon. Les juges se mettent à rire. — Voyez donc, même les cheveux du chignon ! Bravo ! bravo ! Vous pouvez aller. — Ils prennent tout, font un paquet et cachent tout. Arrestation personnelle (décrétée) contre monsieur Jean quand il reviendrait à la ville : les gardes couraient partout. On entend de loin : Tchia ! tchia ! tchia ! C’était monsieur Jean qui revenait à Constantinople avec ses chevaux, ses serviteurs et tout. L’escouade s’arrête. — Halte-là ! — Monsieur Jean qui entend crier halte-là, met la tête à la portière et voit que c’est la police. Il dit : — Messieurs, que commandez-vous ? — Eh ! monsieur Jean, vous êtes arrêté. — Oh ! puisque je suis arrêté, je paierai ce que j’ai à payer. — Il sort de voiture, donne le pourboire au cocher et s’en va au milieu des agens de police. Et le peuple de Constantinople, qui voit monsieur Jean au beau milieu de la police : — Pauvre monsieur Jean, qu’est-ce qu’il a fait ? Voyez en quelles mains il est. — Tous étaient fâchés. Conduit à la délégation, devant les juges : Monsieur Jean, bien arrivé ! — Bien trouvés ! messieurs. — Venez ici, vous l connaissez-vous votre chambre ? pourriez-vous la reconnaître ? — Je crois bien que je la