Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 36.djvu/679

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l’échafaud, et le seigneur Joseph était là pour voir tomber la tête de la vieille. Après la vieille, on fit monter sur l’échafaud M. Joseph et on le décolla, lui aussi. Le peuple battit des mains. — Vive l’épouse de monsieur Jean, de Constantinople, qui a sauvé son mari ! — On les prit tous les deux en l’air pour les transporter dans leur palais. Sur ces entrefaites reviennent Petit François avec le beau-père, la belle-mère et le beau-frère de monsieur Jean. Ils tirent le canon. La. famille arrive. Petit François (nous abrégeons la fin) épouse la belle-sœur du seigneur Jean ; le frère de Rosine épouse la sœur du Petit François. On fit deux noces en grand. On donna à manger pendant six mois du pain, du vin, et tout le nécessaire aux pauvres de Constantinople.

Tout le monde fut fortuné…
Personne ne m’a rien donné !


Telle est la Nouvelle de monsieur Jean de Constantinople. Un savant allemand, M. Liebrecht, qui l’avait lue dans la première édition de la Novellaja, l’a trouvée assez originale, assez riche en particularités, en incidens nouveaux pour lui assigner une place à part dans le répertoire des contes européens. Cependant M. Liebrecht a été fort offensé d’une note de M. Imbriani, qui disait ceci : « Presque tous les recueils de nouvelles italiennes nous offrent une variante de ce récit, qui a fourni également beaucoup de matériaux à une médiocre tragédie de Shakspeare ; qu’ai-je osé dire : médiocre ! Gervinus, avec le bon goût germanique, avec le sens très fin du beau poétique, qui est, tout le monde le sait, le partage exclusif des Teutons, déclare que c’est le chef-d’œuvre de celui qu’on appelle le cygne de l’Avon ! » M. Liebrecht répond : « Bien que ce ne soit pas la première assertion malveillante à laquelle M. Imbriani se soit laissé aller contre les Allemands, je veux pourtant ne rien répondre et donner par là une preuve frappante que nous, Allemands, nous savons très bien ce que c’est que le bon goût. » M. Imbriani réplique : « Il n’est pas même permis de mettre en doute l’infaillibilité des Tudesques et de relever une sottise ou une bévue lancées en style de prosopopée par un de leurs gros bonnets ! Y songez-vous ? Sacrilège ! Les autres nations doivent rester le visage dans la poudre en adorant les oracles de tout professeur allemand minuscule ou majuscule jusqu’à ce qu’un professeur allemand majuscule ou minuscule daigne prouver que ce sont des sottises et des bévues. Il y a beaucoup de nigauds qui se résignent à ce rôle. Moi non, non vraiment, non, cent fois non, moi ! »

On voit par là que les Italiens commencent à regimber contre les. Allemands, mais ce ne sont pas là nos affaires. Nous ne voulons